Il y a longtemps (dans une galaxie lointaine ?)


Cinq bons mois depuis le dernier billet. C'est dans ma moyenne actuelle comme qui dirait. Non pas que je vienne ici pour m'excuser ou tenter de me justifier, je suis chez moi après tout. L'écriture est un pan important de mes occupations créatrices, mais pas le seul. Surtout depuis que je me suis mis à la vidéo amateure (voir ma chaîne Youtube à ce sujet... oui, c'est de l'auto-promotion...).

Les voies de la création passent parfois par des chemins étrangement tortueux sans queue ni tête... Mais j'aime çà. Vous me saviez un peu aventureux à vouloir allez toujours plus loin dans mes découvertes tardives de contrées reculées à la beauté sauvage, et aussi un peu artiste en herbe en mal de coucher ses idées sur un support. Quoi donc de plus logique que le savant mélange des deux aspects grâce à ces séquences fixées dans la postérité du web, avec leur charme presque simple de ces montages amateurs tremblotants et répétitifs ?

Et rajoutez à ce cocktail détonnant le plaisir geek coupable de farfouiller dans dans des logiciels de montage vidéo libres, et vous aurez la recette de mon bonheur actuel. Rapidement, je sévis sous KDEnlive pour pondre des chefs d’œuvres. Assez complet pour mes petits besoins, et plus souple d'usage à mon avis qu'OpenShot que j'ai longtemps utilisé avant... Quoi de plus gratifiant qu'un bel effet fait maison pour agrémenter un peu mes films ? Sans (trop) tomber dans l'excès bien sûr...

Que ce soit clair entre nous, je n'ai pas de grandes prétentions quant à la qualité intrinsèque de mes productions. Elles sont avant tout destinées à une diffusion "privée" à la base, afin de partager un peu mes occupations avec mes proches. Mais l'idée d'avoir de sérieuses discussions en commentaires reste présente malgré tout... oui, j'espère avoir du sérieux qui jaillirait de Youtube. C'est d'ailleurs pour cela que j'évite la promotion racoleuse, afin d'éviter de rameuter les jeunes rageux prompts à vomir leur haine sans objet sur le premier quidam venu... Le sujet de niche aide beaucoup à ce sujet, faut-il le préciser ?

Voilà en bref quelques mots pour vous signifier que le blog n'est pas encore mort, qu'il a simplement "évolué" vers d'autres moyens complémentaires d'expression...

Rendez-vous à Noël ?
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Les promenades du rêveur solitaire : A la recherche de la Madonuccia... en novembre 2015


Désolé pour le retard de publication de cet article. Je voulais absolument publier une 100ème qui sorte de l'ordinaire, et ai donc mis ce récit en suspens tout ce temps... Mais l'inspiration du carré de dix n'a jamais montré le bout de son nez, et la chaîne Youtube m'a pas mal accaparé.

Aujourd'hui j'avais prévu de pondre un article rageur, mais en retombant sur ce brouillon oublié je préfère abandonner mon ire destructrice et me laisser aller à la contemplation béate... Les joies de l'existence ne tiennent décidément à rien. Sans plus attendre, le 100ème article du blog. Et encore merci à ceux qui continuent de me lire malgré ces périodes creuses.


Çà faisait longtemps que je lorgnais dessus. Pour changer. Çà faisait longtemps que je m'étais promis de refaire quelques sorties seul comme à la grande époque de mes débuts... Faute de temps, faute de motivation réelle peut-être. Entre le désir et son accomplissement, il y a parfois un monde. Mais aujourd'hui il est temps. Jour férié, météo étrangement clémente pour un mois de novembre. Le dernier rempart reste le déclic qui fera que je me lèverai et me déciderai à partir jusqu'à Vizzavona... Rien d'insurmontable.

Je voulais rejoindre cette Madonuccia depuis si longtemps. Un sentier en apparence si simple. Une petite balade de remise en jambe, un trajet largement réalisable seul. Et la forêt de Vizzavona, que j'apprécie malgré le fait que je n'y sois que trop rarement monté. La rareté fait l'attrait après tout. Et on verra bien s'il est à la hauteur de mes attentes, au pire aurais-je pu me dégourdir les pattes plutôt que de végéter chez moi. Allons-y donc.

Trajet jusqu'à Vizzavona à l'image de ces jours chômés où le temps semble incroyablement ralenti, mais pas dans le mauvais sens. Le début de la contemplation solitaire est là, dans l'oubli des durées, dans le rejet de contraintes. Les nuages sur une bonne partie avant le col ne sont guère réjouissant, mais la météo prévoit un soleil radieux dans l'intérieur. J'ai hésité à tenter le Monte Renosu à la place, mais la motivation de se lever et partir avant l'aube n'était pas là... Une autre fois certainement. De toutes manières je suis à la maison forestière, il va être temps d'emprunter le sentier de la Femme Perdue.

J'ai prévu une boucle par ce sentier, elle ne me semble ni longue ni difficile, mais c'est tant mieux, l'état d'esprit du jour est plus axé méditation quasi contemplative que performance physique. Mes premiers pas m'enfoncent d'emblée dans la forêt de feuillus. Ceux-ci, quoique déjà bien déshabillés, sont encore un peu parés de leur robe d'or. Le reste de leurs atours tapisse le sol de tons cuivrés. C'est très beau, mais hélas un peu glissant. Réflexion bassement terre à terre, mais qui souligne la nécessité de ne pas trop baisser la garde malgré la simplicité apparente de la tâche.

Le balisage est plutôt bon, la route de la Femme Perdue se confond alors avec celle pour Bocca Palmento. Je ne peux m'empêcher de repenser à ce dimanche où j'ai accompagné mon initiateur au delà de ce col pour le début de son GR20 Sud. Je radote mais j'aurais volontiers continué le sentier ce jour là... Mais les regrets ne font, hélas, rien avancer... Et pour l'heure il est temps de quitter le sentier commun pour suivre celui qui bifurque et m'intéresse.

C'est calme. A peine entend-on au loin des bruits de chasse, mais rien de bruyant et dérangeant. Rien pour troubler la sérénité du trajet. Le temps est doux malgré l'absence de soleil, encore caché sur le versant qui me couvre. Je le vois en face, là où je dois passer. Il promet une chaleur quasi estivale malgré la saison. Soit. Marcher léger est loin d'être désagréable.

Je croise enfin âme qui vive. Un de ces chasseur entendus tantôt et son chien au détour d'un ruisseau. Salut d'usage, politesses par l'échange de quelques questions sur le déroulement de sa chasse, quoique je m'en fiche royalement au fond. Il est sympathique après tout, ne soyons pas sauvage. Peu de gibier de ce que j'apprends de sa part. Tant mieux pour les bestioles, tant pis pour lui. C'est le jeu de la Nature. Nous nous quittons, lui va vers Bocca Palmento. Je salue intérieurement son courage à marcher autant. Au fond, au fusil près, le marcheur et le chasseur ne sont pas si différent dans leur approche de la nature... Je continue mon chemin, qui se décide enfin à grimper, et pas qu'un peu. Çà réveille. Et encore deux autres gars et leurs chiens. Politesses etc... Même discours sur le gibier boudeur. C'est le jeu encore une fois. Au revoir messieurs, et bonne chance ?

Je grimpe rudement. J'ai connu pire bien sûr, et qui plus est l'effort est bon pour réveiller un peu le corps de sa léthargie méditative. L'introspection est bonne à prendre, mais le fait de se sentir vivant l'est tout autant, quitte à ce que ce soit par la douleur des fibres musculaires qui s'agitent. Pas le temps de se lamenter, le chemin semble presque évident, mais le balisage devient plus erratique, et ce jaune d'or ne ressort plus vraiment en cet automne magnifique. Je coupe, je virevolte, je scrute les marques suivantes et les cairns. Je n'aime pas ces situations où l'improvisation est reine, moi qui demeure si carré normalement. Mais il faut composer avec après tout. Et le ciel se dévoile de plus en plus. La crête n'est plus loin, et au au nord d'où j'arrive, une mer de nuage et son archipel d'îles célestes se laisse deviner. La chaîne de montagne centrale et ses sommets élevés deviennent alors îlots à collines au milieu de ce flot blanc et vaporeux qui les cerne. J'avais bien entendu déjà observé ce genre de chose auparavant, mais aujourd'hui le ciel azur au dessus et leur découpage en archipel est pour le moins singulier et notable. Continuons, je verrais mieux d'en haut...

Et le chemin se dénude brusquement. Exit les hauts arbres, bienvenue à cette prairie d'altitude à l'herbe rase, juste percée çà et là de buissons de genévrier nain. Et ce roc monumental en face. Serait-ce là cette madone perdue que je convoite ? Je confesse ne pas avoir même cherché des photos de celle-ci avant la balade. Juste ai-je une carte pour être à peu près sûre de ma localisation. Mais malgré tout, j'ai l'intime conviction d'avoir atteint mon but. Le ciel seul sait pourquoi. Ce rocher improbable qui se dresse là, comme une erreur dans cette petite plaine surplombant le col, je comprends qu'on y ait vu une image de la Vierge tant il est impromptu. Le soleil est radieux, le ciel autour bleu profond, et pas un nuage au dessus, si ce ne sont ceux qui cernent au loin l'archipel des cieux. Je m'octroie une petite pause. Je l'ai bien méritée après tout. Des voix se rapprochent. L'humanité semble s'être réveillée enfin en ce jour de repos. Chasseurs ? Randonneurs ? Nous verrons bien.

Et voilà donc trois jeunes marcheurs qui sortent des fourrés. Je pense les avoir surpris à être ici, silencieux. Saluts d'usage, ils m'immortalisent devant la Madonnuccia pour prouver qu'il y avait âme qui vivent en ce jour. Je m'en serais bien passé, mais bon, le droit à l'image a ses limites. Quelques mots échangés, ils vont à la Punta del'Oriente. Courageux pensais-je alors, quoi que réaliste vu l'heure et la météo. Je repense au Renosu, petit regret passager. Mais en même temps, pas envie de rentrer chez moi la nuit tombée à cause du trajet. Et l'endroit où l'on papote est magnifique. Nous nous séparons. Ils semblent motivés à ne plus s'arrêter toutes les cinq minutes pour reprendre leurs mots. Je ne réagis pas tout de suite, je ne vois pas bien la suite du sentier vu qu'elle passe au milieu de fourrés épais au milieu d'un bosquet...

Et je m'y élance. Les premiers pas sont presque à plat. La descente semble se faire attendre. Quoique pas tant que çà... Nouvelle ouverture dans l'horizon et la piste d'envol se devine. Je comprends pourquoi ils avait décrétés ne plus vouloir s'arrêter trop fréquemment. Et je comprends surtout qu'ils se soient effectivement arrêté pour reprendre leur souffle. Monter un tel sentier n'a pas dû être une sinécure. Le descendre sera plus amusant si je ne me vautre pas lamentablement... Allons-y, il est temps de se dégourdir réellement les jambes ! Mais laissons passer ce couple qui grimpe pour ne pas passer pour un fou... Bonjour monsieur-dame... Çà y est vous êtes passés ? Go !!!

Je m'élance dans ce grandes enjambées sur cette piste sinueuse et chaotique. Je m'aide de mes bâtons, je slalome littéralement. Je n'ai pas fait beaucoup de ski dans ma vie mais à cet instant, c'est tout comme. Et çà ne se passe pas si mal. Certes, par moment je ralentis la cadence pour maîtriser mieux ma course, mais çà reste très rapide... et amusant. Retour en enfance. C'est une bonne chose. Le sérieux vole en éclat. Au pire sauverai-je l'honneur en prétextant faire un trail... Je n'ai jamais compris la quête de performance des coureurs de montagne. Je préfère la relative lenteur de la marche, qui au moins permet de profiter de l'environnement. Le lieux compte plus que le chrono à mon sens... Mon accélération est juste une petite excentricité infantile après tout...

Et voilà les bergeries. Il y a toujours des bergeries à un moment ou à un autre de toutes manières. Les chemins étaient après tout utiles à une époque, au delà d'un plaisir purement récréatif pour citadin désœuvré.Elles semblent d'ailleurs toujours à peu près en l'état, donc certainement utilisées. D'après la carte, à vol d'oiseau on n'est plus loin de la route de Vizzavona, pas étonnant donc. Je note surtout la couleur cuivre environnante. Peut-être grâce au soleil qui a tourné en cette matinée bien entamée désormais. La chaleur de la lumière vive rehausse le feu de la végétation en dormance, comme un dernier baroud avant le sommeil d'hiver. Cette obstination me marque et me plaît.

La fin du périple est donc tout de cet acabit : une descente plutôt douce au milieu de la forêt jaune oranger, au milieu parfois d'une pluie de feuilles roussies qui évoque ces images lointaines de pétales de cerisiers blancs au Japon. Çà détend d'avoir un spectacle si coloré quand bien même la journée avait débuté sous la triste grisaille d'un jour de novembre banal. Je marche tout doux alors, histoire de prolonger autant que faire se peut le pied de nez à la saison, et à ceux qui sont restés bien sagement dans leur lit de nuage en bas...
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