Le Mare a Mare Sud en juillet 2013 - Troisième jour : Départ de Levie pour Cartolavonu


Suite du récit sur la Mare a Mare Sud, la fin s'approche inexorablement...

Il doit être sept heures. Comme à mon habitude, je ne dors plus vraiment, c'est plus une certaine paresse mêlée de cette relâche volontaire quant à nos obligations de marche qui me garde ainsi allongé. Je n'ai pas non plus envie de réveiller mes camarades de chambrée. La luminosité de cette aurore estivale grimpe bien vite, mes paupières fermées, elle reste acceptable pour permettre le repos tant désiré. Je me trouve étonnement en forme vu ce qui les deux jours précédents nous ont fait endurer. Çà doit venir de cette excitation de la marche, quand on se dit qu'il reste encore un multitude de choses à explorer. A priori la journée s'annonce calme, tant au niveau de la météo que l'on devine déjà claire à travers les persiennes, que de nos objectifs. C'est ce que j'aime dans cet état de semi-somnolence, le corps est inerte, mais l'esprit vagabonde bien plus que le reste de la journée, ce qui laisse le champ libre à toutes les réflexions, des plus utiles aux plus futiles. J'entends s'agiter : mon coéquipier se lève. Je le laisse faire, dans le sens où pour ne pas troubler la quiétude environnante par égards pour les belges, je ne le salue même pas. Je reste quelques minutes supplémentaires allongé. J'en suis au stade où le repos est devenu une torture, ce point de non-retour où l'esprit en effervescence oblige le corps à se synchroniser de nouveau avec son bon vouloir. Lève-toi donc, même si personne d'autre n'est debout à part nous, je profiterai au moins de ce tout début de matinée au calme de Levie.

Mon camarade est dans la salle commune, il est en train de lire. Je me contente de le saluer sans m'approcher. A force de se côtoyer toute la journée, j'imagine qu'il a besoin d'un peu de solitude. C'est normal, et d'ailleurs il vaut mieux si l'on veut se supporter encore deux jours. On s'entend bien, pas de soucis de ce point de vue, mais il ne sert à rien de trop tirer sur la corde. Pour ma part, je repère un petit livret où le site de Cucuruzzu semble explicité. Ne restent que les versions anglaises, italiennes et allemandes, j'apprendrai plus tard que l'indiscipline gauloise s'est vérifiée par le vol de ceux écrits dans la langue de Molière. Je choisis la version italienne, à défaut d'être vraiment bilingue, je m'en tire généralement assez bien dans cette langue. Je m'installe pas trop loin de mon ami, mais suffisamment pour ne pas le troubler. La lecture commence, les explications sur ce que l'on a vu hier sont finalement assez peu fournies, en définitive, seul le castellu avait une fonction élaborée de stockage des denrées et de protection, le reste consiste principalement comme nous l'avions deviné en des abris de fortune trouvés à même les alcôves naturelles des blocs de granit.

Mon camarde entame la conversation. Il s'est aperçu que j'avais trouvé le Graal que nous convoitions hier. Je lui résume rapidement le manque d'informations très consistantes, mais lui tend le guide afin qu'il se fasse sa propre opinion. Le chapitre Cucuruzzu se clôt ainsi, c'était certes à visiter car sur la route, mais nos esprits scientifiques en mal de nouvelles connaissances restent sur leur faim. Pas de regrets en tout cas. Peu à peu le gîte s'éveille et nos colocataires nous rejoignent en attendant le petit-déjeuner qui ne tarde plus trop. C'est plus calme que le veille à table, pas trop d'échanges verbaux. Peut-être Morphée qui est trop insistant chez certains. En tout cas, ceci nous laisse sur ce douce impression de nonchalance que nous recherchons pour la suite de la balade. Plus envie de se presser. Pas pour autant celle de rester sur place non plus. Simplement pas d'objectif fixe si ce n'est celui de rallier notre prochain gîte. Le temps semble plus clément qu'hier, pas la moindre brume à l'horizon, mais il convient de rester prudents avec ce que l'on a déjà expérimenté. Le repas, terminé, derniers rangement. Le sac a séché depuis hier, les affaires aussi plus ou moins, sans pour autant que ce ne soit vraiment gênant pour la poursuite. Il est temps de se remettre en route, il est déjà neuf heures, et çà tombe bien, j'ai déjà repéré par où hier soir quand nous déambulions de par l'église.

Et nous revoilà par monts et par vaux. C'en est presque devenu naturel depuis ces derniers temps, je ne m'imaginerai que difficilement ailleurs. Le sentier se fait rapidement forestier, mais on le sens plus structuré que tantôt : bordé souvent de murs anciens, baigné de lumière, qui grimpe presque tranquillement. Nos anciens devaient l'emprunter dans les temps immémoriaux pour effectuer leur labeur. Et c'est à notre tour de perpétuer ce pèlerinage de mémoire. Mais nous multiplions les pauses contemplatives, pas vraiment longues, mais suffisamment pour que tacitement nous imposions notre volonté de relâche pour la journée. J'en arrive tout de même à penser qu'à ce rythme nous n'arriverons jamais à Cartolavonu, d'autant que nous ne sommes pas encore à Carbini. Mais je me ravise vite : il est encore relativement tôt. Après avoir traversé la départementale qui coupe notre sentier, nous savons que justement ce petit hameau ne doit plus être bien loin. La carte l'annonce comme minuscule, nous verrons bien ce qu'il en sera quand nous y arriverons. Il semble que nous soyons aux pieds d'une crête, avec la végétation qui s'arase et le ciel qui gagne est proportions juste sur nous. Il est environ onze heures du matin.

Arrivés au sommet, quelques maisons se dévoilent au delà de ce qui semble avoir été un terrain de football, mais qui n'est plus qu'une friche ou quelques touffes d'herbe courte ont envahit la surface de jeu. On aperçoit le clocher encore un peu plus loin. Ce n'est pas énorme, mais çà ressemble plus à un hameau que ce à quoi je m'attendait. Nous ne ferons que le traverser de toute manière, à moins que la soif ne nous impose un autre moment de répit si l'on trouve un bar où s’asseoir... Et en effet, comme pour exaucer cette volonté muette, voilà qu'une sorte de petit bar d'été se dévoile à la fin du hameau, juste avant la reprise du sentier. Nous nous y arrêtons, après tout ne sommes-nous pas bien décidés à apprécier chaque moment de farniente que la route pourra nous procurer ?

L'établissement semble tenu par un vieux monsieur que nous saluons poliment quand nous nous y asseyons. Nous commandons à boire. On se laisse tenter par une bière. Ce n'est pas dans mes habitudes, mais au moins je me dis que pour marcher simplement, aucun risque. Et je n'oublie pas que cette boisson est contre toute attente relativement bonne pour l'effort. Notre hôte nous sert. La conversation ne tarde pas à s'amorcer quant à ce que l'on fait là, ainsi que là d'où l'on vient. Il est intéressant de voir qu'autant je suis rarement allé dans le sud, autant le vieil homme n'est jamais, trop allé dans le nord non plus. On est tous pareil de ce point de vue, je me sens un peu moins passif, c'est rassurant d'une certaine façon. Il nous explique également que cette année il a croisé beaucoup moins de monde sur le Mare a Mare, constatation que nous avons également faite, mais que nous imputions simplement au hasard ainsi qu'à une réputation du circuit certainement moindre que celle du GR20.
Nous restons près de trois quarts d'heure assis à palabrer. La bière commence à me monter légèrement à la tête, je n'ai définitivement pas l'habitude des boissons alcoolisées. Rien qui ne s'apparente vraiment à de l'ébriété, simplement ce léger tournis. Il va se faire temps de se remettre en marche, il est midi et l'étape ne se finira pas seule. Avant de nous quitter, le senior nous instruit sur un petit raccourcis à suivre pour gagner une demie-heure sur le trajet, en prenant une piste en lieu et place du sentier marqué. C'est très sympathique de sa part, je me plais à croire que c'est parce que nous lui avons fait bonne impression pendant la conversation, parce que nous avons su lui démontrer que nous étions là dans le plus pur respect des lieux et des gens croisés, touristes en notre propre pays mais justement conscients de notre appartenance à cette terre. Un dernier au revoir et des remerciement chaleureux pour l'information, et nous voilà repartis.

Le temps peste encore. On l'entend qui tonne encore au loin. Le ciel se voile quelque peu, mais malgré cela nous espérons passer à travers l'intempérie. Ce serait définitivement le diable que l'on subisse de nouveau les affres du climat en plein mois de juillet, particulièrement alors que nous avions décidé de mettre la pédale douce pour la journée. Il faudra composer avec en tout cas. C'est un savant mélange d'exaspération justifiée et de tournis pseudo-ébrieux. J'ai un peu honte de cet état, je m'en excuse auprès de mon compère, même s'il n'y a définitivement rien de grave, je marche toujours droit et au même rythme, simplement je me permets de rouspéter quant au trajet. J'ai tenu deux jours malgré les épreuves, et me voilà en train de pester pour rien ou presque. Serait-ce l'inconscient qui s'exprime ? Pourtant je ne suis pas déçu de notre expérience, loin s'en faut. C'est pour çà en fait que je m'excuse je pense.

Le raccourcis de notre mentor improvisé rejoint bien le sentier. De là à savoir si l'on a gagné du temps, nul moyen de le confirmer finalement. En tout cas, nous sommes sur la bonne voie. Nous rejoignons de nouveau la forêt, sauf que cette fois le sentier est moins propre que dans la matinée. Il est plus proche de ces sentiers que nous avons déjà arpentés, qui se faufile là où la nature a daigné permettre le passage. Il grimpe de façon plus abrupte d'ailleurs. C'était prévu, il nous faut dépasser les crête pour amorcer la descente qui s'annonce pour la fin de notre aventure. Pourtant c'est relativement dur aujourd'hui, les efforts passés commencent à se faire sentir. On tient bon, je pense pouvoir dire que l'on fait tous les deux abstraction autant que faire ce peut de la douleur physique et de la fatigue et que l'on se débrouille pour avancer presque machinalement, en enchaînant les pas sans y penser pour justement ne pas en souffrir. Pour l'instant, çà semble marcher. Au prix de petites pauses de plus en plus fréquentes, mais on continue inlassablement.

D'ailleurs il est temps de déjeuner, alors que le ciel est couvert de toutes part, sauf au dessus de nos têtes. Profitons de ce calme avant l'hypothétique tempête, çà évitera de réitérer l'expérience du déjeuner à la va-vite sous une pluie battante comme hier. On mange relativement peu si l'on se fie à l'effort, pourtant nous n'avons pas vraiment plus faim que cela. Au contraire, on se sent plus léger à près ce genre de repas, plus prompts à repartir. Ce repos supplémentaire contraste avec une idée qui germe, celle de continuer au-delà de Cartolavonu, en fonction de l'heure à laquelle nous arriverons. Nous ne sommes pas vraiment en avance pour une fois, mais vu que nous ne nous stressons pas outre-mesure, nous restons dans les limites du raisonnable. Cette possibilité n'est qu'évoquée, nous ne sommes pas encore arrivés à notre objectif du moment, et l'on ne sait pas au juste ce que le ciel nous réserve pour la suite en ce moment où soleil, grisaille et orage se mêlent de façon chaotique et confortent leurs positions dans cette guerre élémentaire qui va bientôt réellement éclater pour la domination du firmament. Sitôt ces considérations mises de côté, et le repas fini, nous voilà repartit, et les gouttes nous rejoignent dans notre expédition.

Sans être vraiment blasés, nous nous contentons de ressortir nos vêtements de pluie pour limiter au mieux la douche éventuelle. Contrairement à hier, ce ne sont que de grosses gouttes éparses, souvent freinées par le feuillage au dessus de nous. Et j'ai l'espoir que ce ne soit pas de durée, je verrai bien. Sans prévenir, le chemin grimpe inlassablement pour rejoindre la crête qui nous sépare de notre but, à chaque virage, nous croyons arriver au faîte de notre route, à chaque virage nous voilà déçus. On a fini par s'habituer à ces situations qui semblent interminables, mais pour ma part, je dois commencer sérieusement à lutter pour forcer mes cuisses à pousser encore et encore. Et çà dure une bonne heure encore avant que l'horizon grisâtre ne nous ceigne complètement en repoussant les bois environnants. La pluie est devenue une sorte de bruine collante, la chaleur de la saison et celle de notre effort accentuant cette sensation moite. On croirait presque que les membres sont entravés dans les mouvements par cette glu invisible et poisseuse. En tout cas, point d'orage qui se profilerait pour troubler notre parcours, c'est toujours cela de gagné. Nous finissons même par rejoindre une petite route de bitume où l'on nous indique Cartolavonu à un seul petit kilomètre. Le consensus a voulu que nous la suivions sans nous poser plus de questions. On nous réservait plutôt un sentier forestier je crois, mais un misérable et insignifiant kilomètre avant le repos était une promesse trop belle pour que nous nous en détournions.

Et en plus la route redescend. Nos forces entamées se ravivent, des ailes invisibles semblent nous porter, l'humeur est presque à la plaisanterie, l'esprit détendu se permettant quelques excentricités qui le changent de la concentration nécessaire à la marche. Cependant, nul besoin de le cacher, cette indication de distance était quelque peu erronée, il nous faut encore une bonne demie-heure avant d'être effectivement au hameau. Sur notre route nous profitons de façon complètement inattendue d'un panorama que nous pensions impossible à avoir. Au détour d'un coup d’œil furtif sur les environs, voilà que le lac de l'Ospédale se dévoile légèrement au milieu de la brume. Nos compagnons de gîte successifs nous avaient pourtant dit que l'on ne le voyait pas, et nous avions, de fait, fait notre deuil. Et là cette vue en noir et blanc, cette retenue d'eau nimbée des nuages qui nous ont donné tant de soucis jusqu'alors. C'est furtif, nous sommes très loin, mais le spectacle en justifierait presque à lui seul les efforts de la journée.


A Cartolavonu, la parking tout proche du gîte est complet. A priori le lieu signe le départ de nombreuses marches, y compris notre Mare a Mare qui y passe bien entendu. Notre but atteint, pour nous c'est l'heure de se détendre un peu, de poser nos sacs, bien calés à une des tables du bar-restaurant. Nous retrouvons pour la deuxième fois le plaisir de siroter une boisson autrement assis que sur un rocher. On souffle, et pourtant on est pas complètement relâchés : le germe d'idée quant à la poursuite de la route a semble-t-il grandit dans nos têtes à mesure que nous progressions. L'hypothèse devient de plus en plus tangible quand nous nous apercevons qu'elle est partagée. Besoin de se sentir capable d'effectuer un « exploit » sportif et physique, volonté d'en finir vite avec ce trajet qui nous a si mal reçu avec son humeur maussade qui a fait pleuvoir presque tout le temps, les raisons logiques seraient nombreuses, mais je crois que c'est simplement le fait que nous pensons en être capable, tout bonnement. On est venu pour marcher, on aime çà, donc on va le faire, c'est tout.
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Le Mont Olmelli au départ de San Giovanni di Moriani, en juillet 2013


La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien. Nouvelle maxime usée jusqu'à la substantifique moelle que j'emploie d'emblée éhontément en guise de conclusion introductive. Que ne sais-je donc pas ? Tout. Mais plus précisément, je me rends compte au fil de mes pérégrinations sauvages que je connais vraiment très mal mon environnement proche, au point de découvrir encore et toujours de nouvelles contrées à visiter. Et de ce point de vue, cette inculture me comble dans le sens où j'accède toujours à une nouveauté à voir pour étancher ma soif d'exploration.

Tout a commencé de façon presque impromptue. Seule chose fixée, le lieux et l'heure du rendez-vous. Car je n'explore pas seul aujourd'hui, c'est mon traditionnel compère de balade de la Costa Verde qui m'accompagne. Je serai son éternel obligé à m'avoir ainsi fais découvrir ces perles insoupçonnées qui compose cette région si proche et si lointaine pour moi à la fois. Aucun plan de bataille fixé, hormis une carte récapitulative des différents circuits de randonnées proposés, nous sommes en roue libre. Nous savons que nous voulons marcher, mais nous ne savons pas où. Je préfère déléguer la responsabilité du choix de l'itinéraire. D'une part il connaît le coin bien mieux que moi, d'autre part autant qu'il profite d'un itinéraire nouveau pour lui également, il serait à mon sens inutile de se lancer dans des débats stériles sur le lieux où finir, dans le sens où tout me conviendra très bien. Contrairement à notre habitude, c'est en milieu de matinée que nous nous retrouvons pour partir, comme si nous nous donnions du répit, comme si nous savions instinctivement que nous sommes aptes à juger exactement de nos forces. Ce n'est pas la première fois que l'on part ensemble marcher, on ne devrait plus se réserver de mauvaises surprises au niveau de nos limites, sauf coup dur majeur bien entendu.

Le choix se porte finalement sur le Mont Olmelli, illustrement inconnu de mes piètres connaissances géographiques. Il nous faudra partir de San Giovanni di Moriani pour y arriver. J'ai eu l'occasion déjà par le passé de passer à San Giovanni, pour explorer en partie le sentier botanique qui y a été aménagé. Bien que non achevé en totalité, c'est l'occasion pour moi de me remémorer quelques bon souvenirs de balades, ainsi que la superbe église du village. Et pour une fois, c'est moi qui connaît l'endroit. C'est navrant de puérilité comme remarque, mais çà démontre bien que je fais des effort pour remédier à mes lacunes. Motion acceptée à l'unanimité, nous partons donc.

Nous nous arrêtons juste après l'endroit où mon sentier botanique de cet hiver avait rejoins la départementale. Je me sentirais presque à l'aise de fait. Nos sacs à peine endossés, nous voilà partis pour cette visite, qui passera par la chapelle San Mamilianu. Aussi futile que soit cette réflexion, je ne peux n’empêcher de noter que nous lorgnons toujours vers les églises le dimanche, serions-nous finalement presque de bons pratiquants ? N'exagérons rien, et surtout ne glissons pas vers le blasphème, à défaut de pratiquer ou de croire vraiment, j'accorde néanmoins mon respect au faut religieux. Et de toutes manières, on nous annonce un peu moins d'une heure pour y accéder, donc nous aurons bien le temps d'y repenser plus tard. D'ailleurs, la pente qui s'enfonce sec dans la forêt de châtaigniers nous rappelle rapidement à des considérations bien terre à terre d'effort à fournir. Au moins sommes-nous quelque peu isolés de la morsure aride des rayons du soleil par le feuillage au dessus de nos têtes. Mais malgré l'essoufflement engendré, nous savons que c'est le lot de toute marche, surtout celles qui se destinent à finir sur un sommet. Je note que ce sentier se fond en partie ,avec le sentier botanique, j'y reconnais d'ailleurs les petits panneaux explicatifs des diverses essences que l'on peu y croiser, toujours aussi absentes qu'en décembre soit dit en passant. Cette similarité nous laisse un doute quant à la voie que nous suivons, mais ceux-ci sont bien vite dissipés par la constatation d'une logique implacable qui consiste à remarquer que dans tous les cas, nous grimpons, donc nous nous approchons de notre but fixé.

A notre grande surprise, moins d'une demie-heure après le début effectif de la marche, San Mamilianu apparaît, seule sur le bord de sa crête, avec ce qui semble être un refuge qui lui fait face. Une croix devant ce que l'on peut qualifier de parvis, comprendre le sol de terre, pierres et végétaux ras. Nous ne prenons pas vraiment le temps de nous recueillir, le panneau indiquant Olmelli nous laisse tout de même entendre qu'il nous reste près de deux heure avant notre but. Nous tempérons ceci par notre arrivé bien plus rapide que prévue à la chapelle, nous sommes optimistes quand à l'horaire pour une fois. La seule chose que j'espère fermement, c'est que nous n'aurons pas à subir la pluie au cours de la promenade. J'ai déjà suffisamment donné à mon sens sur le Mare a Mare Sud.

Le chemin est désormais fait de maquis buissonnant à ras, ce qui tranche nettement avec la forêt de feuillus d'où nous sortons juste à l'instant. Là, on commence à subir de plein fouet la chaleur de la canicule, mais heureusement pour nous, la pente s'adoucit fortement, et nous commençons à être relativement hauts, ce qui tempère les ardeurs de la boule de gaz qui brûle sur nous. Je refrène mes pulsions de botaniste en herbe, et limite mes intervention aux seules essences vraiment notables. Il faut dire que j'ai déjà du sortir une bonne partie de mes connaissance à celui qui m'accompagne, je n'ai donc pas envie de sembler me répéter. Je ne note que la présence de véritable marjolaine sur le chemin, souvent confondue avec la nepita, le calament, à l'arôme subtilement différent, la présence de ciste de Crête, dont les fleurs roses diffèrent fortement de celles immaculées du ciste de Montpellier, et l'omniprésence d'immortelles en fleur. Toutes leurs odeurs suaves se mêlent et rappellent que nous sommes au cœur même du maquis. J'aime ces retours à la sérénité et à la simplicité authentique de la Nature, loin de tout réel impacte humain. Pas de bruits parasites, si ce ne sont que ceux des grillons où des oiseaux. Pas de grands bâtiments à la gloire de la civilisation toute-puissante, si ce n'est ceux que l'on devine en plaine quand nous nous retournons.

Nous progressons à bon rythme, même si les hauts sommets qui nous font face sembleraient indiquer le contraire tant leur aspect imposant rendent imperceptible la progression dans leur direction, les minutes s’égrènent, les distances vers la pointe convoité s’amenuisent. Il est déjà midi pourtant, mais nous y sommes presque, nous attendrons d'être en haut pour nous reposer et déjeuner. Ce que je redoutait semble se produire : les nuages commences à s'amonceler et se dirigent en notre direction. Ce n'est pas encore menaçant, c'en est même presque agréable tant la chaleur en était devenue suffocante en ces heures chaudes, mais çà nécessite de rester sur nos gardes. Çà doit presque faire une heure que nous suivons la ligne de crête. Sans plus trop donner l'impression de grimper, on voit pourtant que quelques mètres sont encore à gravir pour le sommet. Plus d'une fois nous cherchons à couper pour nous élever plus rapidement, plus d'une fois les buissons trop denses nous en empêchent. Soyons de braves promeneurs bien éduqués et suivons donc la route fixée. Et d'ailleurs, nous y voilà enfin à ce sommet.

Sans crier gare, le chemin plutôt en pente douce jusqu'à présent semble se jeter brusquement dans le vide. C'est impressionnant d'une certaine façon, et çà signe bien que nous sommes au climax de notre excursion. Le temps est franchement gris, même si les villages des flancs du San Petrone en face sont parfois baignés de lumière, et malgré çà, nous nous asseyons un peu. Notre déjeuner type de randonneur nous attend : du pain, des tomates, des fruits, une terrine et même des œufs durs. Non pas que l'on mange beaucoup où que l'on ait très faim malgré l'effort consenti, mais j'aime à laisser le choix dans les victuailles. Nous n'abusons pas, comme à l'accoutumée, et le déjeuner en demeure plus un moment de récupération avant le retour qu'un réel repas destiné à se repaître. Mon ami me situe Campodonico en face, c'est de là que nous étions tantôt partis pour aller vers Bocca Favale ensemble, et çà me permet de constater par mes propres yeux qu'à défaut d'être un dénivelé monstrueux, accéder au sommet du San Petrone de là-bas est tout de même respectable. Il en profite pour me situer un peu tous les autres hameaux aussi, ce qui parachève ma quête de connaissance de la région.

Nous sommes là, tranquilles à discuter quand tout à coup nous voilà assaillis de toute part par une véritable nuée de coccinelles. C'est improbable, excessivement inoffensif pour l'être humain, et pourtant nous voilà littéralement chassé du sommet par l'armée à pointillés qui virevolte de toute part. De toutes manières, il était grand temps pour nous de nous remettre en branle, rien n'arrive plus vite après le repas que la torpeur qu'induit l’inactivité prolongée. Même chemin, mais en sens inverse. Rien de bien excitant en perspective, mais de quoi digérer et profiter de nouveau de ces panoramas de hautes crêtes bordant des sommets rocheux plus bas, à la manière d'un écrin inouï, le tout se finissant dans la plaine, puis dans l'horizon azur où ciel et mer ne sont plus qu'un.


Pour une promenade goupillée à la va-vite, que demander de plus que ce sommet rallié, ces visions de lieux désormais identifiés et liés eux-même à d'autres endroits ? Ce n'est pas la méconnaissance qui est une faute, c'est simplement de se complaire dedans sans tentative aucune d'en échapper.
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Le Mare a Mare Sud en juillet 2013 - Deuxième jour : de Santa Lucia di Tallano vers Levie, par Sorbollano

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la suite du récit de nos péripéties du Mare a Mare Sud...

Il n'est pas encore six heures. On aurait pu croire que, fourbus par la journée de la veille, les deux challengers auraient déclaré forfait et révisé leurs ambitions à la baisse. Et pourtant le réveil est plutôt aisé. Pas trop de courbatures pour ma part, mes pieds entamés me font un peu souffrir, mes mes pansements devraient m'aider à surmonter ces petites douleurs sourdes des ampoules presque à vif. Les propriétaires du gîte nous ont laissé de quoi petit-déjeuner vu que nous les avons informé de notre volonté de partir tôt, sachant que nous devions doubler notre étape. On est pressés, mais pas trop, notre repas du matin est l'occasion d'un petit moment de détente avant de se lancer à corps perdus dans les choses sérieuses. Il semble faire beau, une petite ondée rapide hier soir a laissé planer un doute, d'autant que des rumeurs concernant un groupe de marcheurs qui auraient été foudroyés à Serra-di-Scopamena circulent. C'est tellement improbable que je peine à y croire vraiment. Mais cette légère ombre plane et rappelle que ces longues marches au milieu de nulle-part ne sont pas exemptes de tout risque...

Oh, on verra bien. La foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit ne dit-on pas ? Derniers rangements de nos affaires, chaussures de marche enfilées et nous voilà repartis. C'est certainement idiot à reconnaître, mais il nous a été bien plus difficile de retrouver par où continuer le sentier au départ du village que de suivre les pistes forestières. Pas vraiment de marquage bien défini, pas de panneau, et pas encore grand monde pour nous aiguiller. Heureusement que le hameau n'est pas immense, nous arrivons donc enfin à rallier Altagène, autre petit groupement d'habitations jouxtant directement Sainte Lucie. Il est également petit mais toujours aussi peu propice à nous guider aisément. Sommes-nous donc si fatigués que nous ne sommes plus capables de nous orienter efficacement ? Non, Dieu merci. Mettons cela simplement sur le compte de l'heure matinale, de toute manière nous sommes enfin sur le début du sentier forestier balisé.

La transition, quoiqu'attendue est franchement brutale : on semble quitter les abords de la petite route goudronnée sans crier gare, pour continuer sur la route de pierre et de terre qui se noie dans les arbres. D'ailleurs, pas de village visible au loin pour l'instant, j'aurai presque l'impression de me perdre volontairement si je ne savais pas que nous avions toujours nos livres guides avec les cartes pour nous orienter. On sent d'ores et déjà par rapport à la veille que l'on est un peu plus haut, dans le sens où l'on n'a plus ce maquis bas caractéristiques des très faibles altitudes, ni ces visions de champs agricoles. A défaut de montées et de descentes interminables, la route et ces chaos pierreux est tout de même sportive.

L'errance ne fait que commencer. Le ciel est voilé mais pas encore suffisamment pour nous inquiéter. Des rumeurs circulaient à Santa Lucia concernant un groupe de randonneurs qui auraient été pris dans l'orage à Serra-di-Scopamena et auraient reçu la foudre. A priori rien de grave, ils semblent plus avoir été étourdis que blessés réellement, mais ceci nous rappelle que la vigilance est de rigueur. On est encore loin de notre but, n'oublions pas que nous doublons l'étape, malgré le léger raccourci, qu'il ne faut pas manquer d'ailleurs. De-ci de-là nous traversons parfois des champs de fougères trempées par l'ondée de la veille. Nos jambes nues en sont bien rafraîchies. C'est l'été mais il fait encore bon. Même presque frais. Si nous n'étions pas en mouvement il faudrait même se couvrir un peu plus je pense.

Au milieu de la forêt, une goutte se fait sentir. Et deux. Et une myriade. L'averse tant redoutée est là. Tant qu'on n'entend pas le grondement inquiétant du tonnerre, pas de quoi s'inquiéter outre mesure. Nous enfilons nos vêtements de pluie de sorte que nos sacs soient recouverts pour le mieux. Çà peut sembler évident, mais autant on pense à se couvrir soit-même, autant on oublie aisément le contenant de ses affaires. Et pourtant, il faut les conserver bien au sec, la bonne continuation du périple en dépend, il n'est pas dit que le gîte ne permette un séchage efficace en soirée. A peu près équipés, nous redoublons de vigilance pour ne pas glisser au gré des rochers affleurants ou des amas de feuilles au sol. J'espère que la pluie sera brève, nous verrons bien.

Le tonnerre. Çà y est, il est là. Où plutôt il se fait entendre. Sans éclair, difficile à évaluer son éloignement. Tant que nous sommes à couverts dans les bois, pas trop de craintes à avoir, même si chaque coup entendu fait grimper l'appréhension d'un cran. Est-il possible de jouer ainsi de malchance ? Pour une fois que je peux envisager un expédition de cette envergure, que je mets tout en œuvre pour que tout soit parfait, le seul élément impondérable, le temps, se joue de moi et de mes espérances. J'essaie de rester philosophe, en me disant qu'à vaincre sans périls on triomphe sans gloire comme l'adage consacré le dit, mais l'exploit sportif est bien le cadet de mes soucis à la base. J'étais là pour m'en mettre plein la vue avec les paysages du sud. Là j'ai juste droit à une vision limitée au versant opposé, nimbé de brume. Heureusement que les sentiers forestiers présentent toujours des singularités remarquables : des pierres moussues, des parterres de végétaux connus, çà et là des murs anciens... De quoi ne pas sombrer totalement dans la dépression de savoir que le ciel lui-même a décidé de se jouer ouvertement de vous.

Les éclairs. En fait, c'est presque rassurant de les voir dans la mesure où avec le tonnerre qui arrive après, ils nous indiquent que le cœur de l'orage est encore à plusieurs kilomètres de nous. C'en est presque amusant de lancer ce décompte à chaque flash aperçu. Et pourtant on doit en manquer pas mal, les grondements lointains sont par moment presque continus. Les éléments se déchaînent, la nature est furieuse. Peut-être cherche-t-elle à se rappeler à notre bon souvenir, en cette période de tourisme massif, où presque tout un chacun foulent ses routes sans vraiment lui prêter attention. Un peu comme l'enfant qui se mets à hurler sans réel autre motif que d'attirer l'attention à lui, pour redevenir le centre d'intérêt. J'aime à personnaliser ce monde, à lui prêter mes propres aspirations et sentiment. A trop le réduire à une succession de causes et conséquences implacablement froides et logiques, il en perdrait de sa majesté. J'aime les contre-pieds, quitte à jouer au poète de bas étage.

L'inévitable arrive : nous sommes sur les crêtes. Il pleut et les nuages sont bas, mais pas trop de fracas lumineux, ce qui est rassurant pour nous. Mine de rien nous avons bien grimpé toute la matinée, même si l'effort consenti aurait pu passer presque inaperçu à cause du désagrément causé par la pluie. A force de persévérance, nous voilà environ à mi-chemin, à la bifurcation entre Sorbollano et Serra-di-Scopamena que nos compagnons de tablée allemands nous avaient annoncé hier au dîner. Je concède avoir eu une courte pensée teinté de légers regrets de ne pas être finalement passé par Serra. Nous sautons allègrement une étape du tracé initial, et de fait de nouveaux lieux à visiter. Je me console néanmoins avec cette petite pensée bien puérile de l'exploit sportif consenti à marcher aussi longtemps et aussi loin d'une traite, et qui plus est après notre journée de la veille déjà bien chargée. Ma seule appréhension vient de cet orage maintenant si loin, mais qui pourrait bien s'inviter. C'est à la fois excitant et effrayant finalement. Un dernier coup d’œil sur le chemin traditionnel qui est désormais derrière-nous, et nous voilà de nouveau au milieu d'une forêt en route pour ce raccourci qui n'est même explicitement mentionné sur nos guides.

Rien de bien méchant par rapport à ce que nous avons déjà parcouru pour arriver à Sorbollano. Je ne saurais dire au juste si c'est cet temps gris et orageux ou bien si c'est son relatif isolement qui m'a donné cette impression, mais en pénétrant le hameau, j'ai eu presque l'impression de traverser ces villes fantômes dignes d'un bon western bien cliché. Si les maisons ne semblaient pas récentes et entretenues, et que des voitures n'étaient pas garées çà et là, j'aurai mis ma main à couper que nous étions dans un de ces villages ruinés dont notre maquis semble avoir le secret. Il est déjà un peu plus de midi, au sortir du village nous sommes sur la ligne de crête, la pluie redouble d'intensité et le tonnerre gronde tout autour. Il nous faut bien nous restaurer un peu si nous voulons tenir jusqu'à Levie. Le mieux que nous pouvons faire alors est de nous arrêter à la sauvette au bord de la départementale qui dessert les habitations. Le repas est bref, pas vraiment le temps de récupérer, la pluie ne veut décidément pas nous laisser de répit. L'espace de ces quelques minutes d'arrêt, l'eau qui nous trempe conjuguée à ce vent qui s'est levé nous glace jusqu'aux os malgré l'été. A tel point que partir est presque un soulagement même si l'on devra encore marcher de nombreuses heures.

Les épisodes pluvieux alternent avec les accalmies. Leur rythme tend à s'inverser peu à peu : aux longues averses avec de brève périodes de repos succèdent finalement des courtes ondées de plus en plus espacées. Et c'est tant mieux. Pour parfaire à notre chance apparemment retrouvée, le chemin descend désormais, tout doucement mais sûrement. Et à mesure que l'on va de plus en plus bas, la pluie devient simple brume diffuse entre les arbres haut, pour finir par ne plus être qu'un souvenir, au point au loin de nous laisser entrevoir les aiguilles de Bavella, dont la silhouette si caractéristique se dessine au milieu des nébulosités accrochées aux sommets lointains. Forts de ces constatations, nous croyons désormais fermement qu'il nous sera possible de visiter Cucuruzzu dans des conditions décentes.

Bien que de nouveau galvanisés par ce retournement presque inespéré de la météo, nous nous permettons quelques minutes de répit à côté d'une petite chapelle dédiée à Saint Laurent. Mon ami fait remarquer que nous ne sommes vraiment pas loin du site archéologique, et qu'un simple crochet par l'intérieur de ces terres derrière l'église devrait nous y mener... Mais moi je n'ai pas vraiment envie de prolonger encore de trop notre route déjà bien longue aujourd'hui. Pour cela je lui fait comprendre que je préfère que nous nous en tenions à l'itinéraire préétabli et rejoindre l'entrée du site quelques centaines de mètre plus loin. Il acquiesce, nous repartons. Et en effet, nous voilà bientôt devant l'accueil. C'est fermé, et seul une petite affichette faite au stylo à bille, et qui enjoins les hypothétiques visiteurs à partir, de par les risques d'orage, montre que quelqu'un est venu ici récemment. Nous avions été prévenus que le site en lui-même présentait simplement des numéros se rapportant probablement à un guide disponible dans le-dit accueil, pourtant il nous faudra bien faire sans.

Ce manque de précision se fait sentir dès le début de la visite. Premiers panneaux à numéros, premières interrogations quant à ce qu'il faut y voir. Non pas que nous soyons idiots, en toute sincérité, mais nos capacités à extrapoler sont bien souvent mises à mal par ces marques qui pointent souvent nulle-part. Qu'un rocher avec un semblant d'alcôve creusée à même l'un de ces flancs ait pu servir d'abris, c'est facile à intellectualiser. Qu'un amas informe soit indiqué, et là on est au stade des supputations les plus délirantes. C'est un peu décevant pour l'heure. Notre soif de connaissances est loin d'être étanchée. Cette visite qui aurait du constituer le pinacle de notre journée, et pour laquelle nous avons décidé de repousser nos limites physiques nous laisse ce goût amer de l'imperfection.

Mais au détour du sentier forestier, nous voilà sur la forteresse, le « casteddu » de Cucurruzzu. C'est rudimentaire, mais on voit bien les ébauches de fortifications avec ces rangées de pierres alignées consciencieusement pour ériger des murailles basses autour des bloc rocheux au centre. Sans en avoir l'air, ce petit château domine ses environs immédiats, et donc constituait en effet un abri appréciable pour l'époque. Nous l'explorons et y découvrons de nombreuses petites chambres au sein de ses murs. Nous apprendrons plus tard qu'elles servait au stockage des denrées alimentaires, avec les prémices de l'agriculture alors d'usage. On y a déjà passé plus de temps que devant les autres points d'intérêt, mais il nous faut déjà nous en éloigner pour poursuivre vers le site juste voisin de Capula. Espérons qu'il soit à la hauteur, afin de justifier définitivement ce que cette journée nous aura fait endurer comme épreuves.

Sur le chemin vers ce nouveau casteddu, une petite bâtisse apparaît. Léger air de déjà-vu. Et pour cause, c'est la chapelle Saint Laurent. Nous sommes en effet juste derrière, comme mon camarde l'avait supposé. J'avoue me sentir très bête à cet instant, à avoir trop voulu suivre les règles définies, nous voilà en train de revenir sur nos pas. L'un dans l'autre, nous aurions bien été obligés de faire ce tour pour voir le reste des fouilles, mais j'ai toujours ce sentiment désagréable de m'être fait avoir. Au moins profitons-nous alors des derniers vestiges d'une ancienne chapelle romane non-loin, un rectangle de pierres éboulées, qui a le mérite d'en rappeler le bon souvenir. Et encore un peu plus en arrière, les fortifications cette-fois immenses du château de Capula. Les pierres semblent mieux taillées, le site doit être postérieur à Cucuruzzu. D'ailleurs, il grimpe encore un peu plus, et laisse entrevoir un horizon bien plus vaste, même au-dessus des arbres environnants. D’autant que le ciel est désormais presque bleu. C'est presque vexant de voir cette furie désormais apaisée, comme si les éléments avaient réellement voulu s'amuser avec nous, et bien rire de voir ces deux pauvres erres déambuler sous une douche bien fournie.

Nous nous en allons finalement vers Levie. Après la route déjà parcourue, ce dernier tronçon est presque une sinécure. Mes pieds sont encore bien échauffés, je pense avoir de belles surprises en me déchaussant, mais çà ne m’empêche pas d'avancer. Le village se découvre enfin. Il est immense, en tout cas bien plus que dans mes suppositions. Il a cette animation qui fleure bon la période estivale, avec ses nombreux touristes venus pour visiter, qui côtoient les habitants à l'année. C'est un petit havre de détente en somme. Nous arrivons au gîte, nous sommes cette-fois installée avec un couple de belges qui une nouvelle-fois font le même circuit que nous, mais dans l'autre sens. A croire que nous sommes les seuls à n'en faire qu'à notre tête. Mais passons. Nos affaires, complètement détrempées sont lavées et mises à sécher en profitant des rayons du soleil qui nous honorent enfin de leur présence. Pour ma part, je dois complètement déballer mon sac, qui malgré le vêtement de pluie savamment disposé par dessus, ne semble pas avoir suffit à contenir le flot continue des précipitations subies. En cette heure où l'on peut se reposer après ce marathon, c'est finalement bien peu grave.

Rafraîchis par une bonne douche, chaude cette-fois, il convient de prendre un peu de détente, vu que cette fois notre horaire est un peu moins serré que la veille, où nous étions arrivés presque exactement à l'heure du dîner. Je panse les plaies de mes pieds, et le terme est bien choisi, hélas pour moi. J'en arriverai presque à me demander comment j'ai pu marcher avec de telles ampoules. Mais tant pis. La douleur, c'est dans la tête comme j'aime à me le répéter, et j'ai de quoi limiter les dégâts dans ma trousse de secours. Une fois remis d'aplomb, un peu de lecture bien calé dans mon lit me détendra. Je me suis offert pour occuper le temps libre de cette expédition un petit précis sur la flore de l'île, pour changer me direz-vous. Bien que ne payant pas de mine, il regorge d'informations utiles sur les végétaux que l'on peux croiser. J'en connais déjà une bonne partie, mais réviser est toujours salutaire, et j'y croise deux-trois essences que je n'arrivais pas jusqu'alors à identifier. Jusqu'à présent, pas de grosses spécificités croisées, le maquis et les forêts sont un peu monotones. Peut-être trouverai-je mon bonheur lors des autres étapes qu'il nous reste. On a déjà fait le plus gros du tracé sans en avoir l'air, et pour l'heure nous sommes plutôt dans l'optique de finir tranquillement notre route sans forcer. Au milieu de toutes ces considérations qui s'enchevêtre pendant ce repos du guerrier salvateur, l'heure du dîner est déjà là.

Il est temps de côtoyer plus en détail les autres locataires d'une nuit : notre couple de belges avec qui nous partageons la chambre, une famille de continentaux, le père, la mère et leur fils, et à priori un couple d'anglais, mais qui restent à l'écart avec leur propre cuisine. Tous font le Mare a Mare dans le sens Porto-Vecchio vers Propriano, nous en profitons donc pour leur soutirer bien gentiment toutes les informations qui pourraient nous aider pour les deux étapes restantes. On nous laisse entendre que nous n'aurons que nous devrions nous en tirer aisément, quand nous leur expliquons que nous n'avons mis que deux jours pour en arriver là. C'est flatteur pour l'ego, même si nous leur affirmons que nous n'avons pas vraiment l'impression d'avoir accompli un exploit, nous sommes fatigués mais sans plus. Quand à nous, nous tâchons de leur indiquer le raccourcis par Sorbollano, leur expliquons que leur route sera essentiellement forestière, et nous leur rappelons de se méfier des orages, vu la mésaventure arrivée aux randonneurs de Serra-di-Scopamena l'avant-veille. Rétrospectivement, cette remarque tient franchement de l'hôpital qui se foutrait royalement de la charité, vu notre témérité du jour, mais au moins jouons-nous la carte des mentors sages. Le repas est une nouvelle fois plutôt convivial, chacun se livre un peu pour briser la glace avec ses voisins, mais sans excès bien entendu.


Une fois terminé, nous décidons mon compère et moi de faire une petite promenade digestive de par le village. L'air est frais, le soleil se couche mais il fait encore suffisamment jour. La fatigue du jour est présente mais pas rédhibitoire pour cette petite promenade digestive. On est fatigués, mais pas au point de vouloir dormir. On ne va pas loin finalement, simplement jusqu'au parvis de l'église toute proche. Je remarque le panneau pour la suite de notre périple, ce sera toujours çà en moins à chercher demain matin. Quelques minutes à se reposer là, à la fraîcheur du crépuscule, à s'imprégner des images des environs, le tout en refaisant le monde, et nous voilà retournés vers notre gîte. Les autres pensionnaires sont tranquillement assis sur les bancs à disposition sur la terrasse qui sert d'entrée, nous les y rejoignons l'espace de quelques instants, le temps que nos colocataires belges nous disent qu'ils vont se coucher. Pour ne pas les réveiller par la suite, nous les rejoignons. Il faut avouer que même si le sommeil n'est pas encore là, le corps n'appréciera que de trop tout repos concédé. Nous ne nous lèverons pas aux aurores demain, nous prendrons notre petit-déjeuner à l'heure prévue. Nous avons le temps, nous sommes ce soir dans l'optique de profiter un peu plus de la fin de notre séjour.
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Le Mare a Mare Sud en juillet 2013 - Premier jour : direction Santa Lucia di Tallano


Vu la longueur du trajet, le récit sera scindé en plusieurs parties correspondant chacune à une journée de marche.

Il était temps d'attaquer les choses sérieuses concernant la marche. J'appréhende un peu mais je ne saurais si je peux y arriver qu'en le tentant, quelle qu'en soit l'issue. Après les escapades à la journée, qui souvent ne se résument en fait qu'à quelques heures concédées, il est temps de prendre son courage à deux main et d'envisager une randonnée sur plusieurs jours. Marcher ne me fait pas peur, j'ai rarement ressenti la fatigue ou même de la lassitude à l'issue des mes précédentes sorties, au pire quelques courbatures les jours suivants, mais rien de terrible. J'ai l'opportunité de pouvoir accompagner un ami sur le sentiers du Mare a Mare Sud, pour la faire courte, partir de Porto-Vecchio pour arriver cinq jours après à Propriano, avec des étapes successives à Cartolavonu, Levie, Serra-di-Scopamena, Santa Lucia di Tallano et accessoirement Burgo pour qui n'aurait plus le courage de rejoindre le littoral à l'issue du périple. Ou plutôt pour ce qui nous concerne, faire l'inverse, de Propriano à Porto-Vecchio.

A l'annonce du projet de mon camarade, c'est comme une consécration pour moi : j'ai l'opportunité de me prouver que je peux suivre ce rythme définitivement bien plus soutenu que celui que je m'impose en temps normal, et qui plus est en traversant des terres dont j'ignore tout. Je n'ai jamais caché mon manque de culture concernant les recoins de ma région, et arriver à l'explorer est l'un des buts qui motive mes marches. La méconnaissance n'est pas une fatalité, il ne tient qu'à celui qui en souffre de se donner les moyens d'éclairer ses zones d'ombres. C'est ce que je m'efforce de faire pas après pas, sentier après sentier, l'esprit toujours alerte afin de ne rien manquer de ce qui s'offre à lui. Cette occasion est donc bien inestimable aux vues des trésors naturels que nous devrions croiser.

Notre départ acté, je me prépare consciencieusement pour l'épreuve. Mon inexpérience vient alors me frapper de plein fouet, j'ai toutes les peines du monde à me décider quant au matériel à porter dans mon sac à dos : trop de poids et le séjour sera laborieux ; pas assez de matériel et je prends le risque d'être mis face à une situation inextricable. J'ai toujours été aux frontières de la paranoïa concernant les aléas de mes sorties. Ma trousse de secours est proche de celle des secouristes professionnels, et le nombre de petits gadgets qui pourraient éventuellement être inutiles s'il advenait qu'il soit possible qu'une éventualité hasardeuse se produise, est finalement impressionnant. Après des jours à faire et défaire mon bagage, j'ai à peu près trouvé la solution pour concilier le tout. Je ne peux pas dire par contre avoir suivi une préparation physique particulière : ma routine quotidienne devrait suffire à me garder en bonne forme d'ici là, et j'ai peur de trop forcer et au contraire de me blesser avant le départ, donc point trop n'en faut.

Nous sommes un peu fous. Et du moins pour ma part, ce phénomène est exacerbé dès lors que l'on m'accompagne dans mes délires. Aussi fixons-nous notre départ Pour Porto-Vecchio pour trois heures et demi du matin. Pourquoi ? Car nous avons décidé de suivre le chemin inverse, c'est à dire partir de Propriano après y avoir été amené par le bus, le tout pour retrouver notre véhicule de l'autre côté, justement à Porto-Vecchio. Pas de temps à perdre, nous voulons nous lancer dès notre arrivée, d'où cette heure bien matinale. Et nous arrivons à bon port avec le soleil qui naît à l'horizon. C'est cette heure estivale où la chaleur n'est pas encore étouffante, et même au contraire où l'on sent un peu de fraîcheur vu que la chaleur nocturne s'est alors dissipée, sans pour autant laisser de suite place à celle du jour qui point.

Nous pensions avoir vu très large au niveau de l'horaire pour prendre ce bus qui part à six heures trente, mais finalement, le temps de tourner un peu pour chercher une boulangerie que jamais nous ne trouvâmes à cette heure-ci, il est déjà là, prêt à nous mener vers le véritable début de notre séjour. Ou du moins après ces deux heures de trajet supplémentaires au milieu de ce sud que je connais finalement si mal. Mais peut-être pas tant : au cours du trajet, nous voilà en train de traverser Monacia d'Aullène, le village de mon grand oncle. J'y avais séjourné quelques jours lors d'un été alors que je ne devais avoir que douze ou treize ans. Non pas que les vacances furent les plus inoubliables de ma vie, mais ces flashes qui vous reviennent au fil de la traversée en bus suffisent à raviver cette sensation d'insouciance enfantine perdue à mesure que le temps a passé. La surprise de ce crochet impromptu est somme toute excellente, et augure un séjour mémorable je l'espère.

Mon comparse ferme un peu les yeux. Comment lui en vouloir ? D'ailleurs je ferais mieux d'en faire tout autant pour tâcher d'être au mieux de ma forme. Mais je n'y arrive pas. J'ai peur de rester assoupi et de laisser passer notre arrêt. Notre timing est serré aujourd'hui, je ne veux pas mettre à mal le bon déroulement de notre voyage, aussi préféré-je veiller. Ce qui me permets par ailleurs de profiter des paysages et des lieux traversés. Je découvre ainsi Sartène, fief d'origine de deux de mes amis. Il ne tarissent pas d'éloge au sujet de leur ville, et je dois bien leur accorder qu'ils ont raison : non pas que l'on ait à faire à un centre urbain immense comme Ajaccio ou Bastia, mais on voit que le lieu est bien vivant, et le cachet des maisons de granit est indéniable. Le temps magnifique aide à rehausser ce charme simple. J'espère que nous aurons la chance de marcher toujours avec une météo clémente, mais à ce sujet nous verrons bien.

Peu à peu Propriano se rapproche, la mer est déjà en vue. Il est temps de descendre, non loin du port. Les choses sérieuses peuvent commencer. Nous devons rejoindre le hameau de Burgo, ce qui nous impose sept kilomètres de marche supplémentaires à consentir pour commencer le sentier balisé. Mais pour nous le Mare a Mare débutera et finira comme son nom l'indique d'une mer à l'autre. Ainsi faisons-nous une halte pour toucher l'eau de Propriano avant de nous lancer vers la lente montée pour Burgo. Il est seulement huit heures trente, mais il fait déjà chaud. Rien d'étonnant en plein mois de juillet en Corse. Pourtant me voilà d'ors et déjà inquiet concernant notre réserve d'eau. Autant je peux consentir un jeûne si celui-ci s'impose, autant je ne peux pas ne serait-ce qu'imaginer me priver d'eau pour une période prolongée, particulièrement si le temps est chaud et propice à la déshydratation. Mais pour l'heure je ne veux pas alarmer inutilement mon collègue, nous n'en sommes qu'à quelques gorgées. Et pourtant la montée est longue et monotone : le long d'une petite départementale, rien de notable dans les environs... On n'en voit déjà plus la fin, si bien qu'il nous faut deux heures pour rallier le véritable début du chemin balisé.

Une petite halte à l'ombre des arbres au bord de la route, et nous voilà fins prêts à partir pour de bon cette fois. Le sentier part du haut du village, à travers un maquis plutôt bas. Il semble descendre rapidement pour déboucher dans une forêt, qui nous procure une relative fraîcheur appréciable en cette fin de matinée qui semble annoncer une canicule presque inattendue cette année si l'on se réfère au temps plutôt morose des mois précédents. Il n'empêche que cette ombre est salutaire, et nous amène à une rivière ou nous nous octroyons encore quelques instants pour nous rafraîchir. Même si je ne considère pas cela comme bien prudent, nous refaisons également le plein d'eau. J'ai un mauvais pressentiment quant à la chaleur, j'ai déjà cette intime conviction qu'elle va nous faire souffrir. Aussi je préfères prendre les devants.

Nous voilà repartis. Les choses sérieuses commencent, la montée rude au fil du sentier débute sans crier gare. Bien que déjà échauffés, ce brusque changement de rythme nous rappel à la réalité : nous marcherons pendant cinq jours, peut-être seulement quatre si nous arrivons à doubler une étape, et il faudra pour cela supporter les aléas de la route qui traverse les montagnes du sud. A défaut de nous porter très haut, nous cheminerons constamment par monts et vallons, et ce que nous subissons pour l'heure n'est qu'un prélude. Nous en sommes conscients, nous ne nous sommes pas jetés à corps perdus dans une bataille sans connaître l'adversaire, donc nous avançons sans maugréer.

Nous devons rejoindre le hameau de Fozzano, mais comme nous ne sommes pas encore très hauts, et qui plus est cernés d'arbres, il est difficile de dire si nous en sommes proches ou pas. Nous n'avons que des indications de temps à notre disposition, mais il n'est pas aisé de les manipuler vu que nous ne connaissons pas notre rythme exact. Sommes-nous rapides dans notre progression ou bien traînons-nous la patte ? Ce n'est que le début de l'aventure, et nous sommes déjà bien entamés vu notre heure matinale de départ. Impossible dans ces conditions de se jauger efficacement. Seul nos pas qui nous ont alors menés de l'autre côté de la colline gravie nous aident à répondre à cette interrogation : quelques maison émergent au milieu de l'infinie verdure de ces flancs boisés. A priori c'est bien le hameau attendu, mais ne jurons de rien, pour l'heure aucun indice franc. Un clocher se dresse enfin. C'est le signe indéniable du caractère de « hameau » à part entière des groupement isolés d'habitations. Il est exactement midi quand nous le traversons, pourtant nous ne voulons pas nous y arrêter, et préférons progresser encore un peu avant notre déjeuner.

En fait nous en sortons à peine avant de nous arrêter, nos forces, mises à mal par notre nuit courte, la chaleur et les kilomètres déjà avalés, nous font légèrement défaut. Il est temps de se restaurer. Le repas est frugal, nous avons décidé de ne pas nous alourdir de trop avec de la nourriture superflue, mais suffisamment copieux pour nous requinquer. Au gré de nos marches, nous en sommes arrivés à la constatation qu'il n'était pas vraiment utile, voire même contre-productif, de prendre une collation trop copieuse le midi. D'autant que nous avons finalement peu d'appétit lors de ces interludes qui nous promettent encore des heures de marche à consentir. Bien que peu épais, nous avons quelques réserves dans lesquelles puiser dans le pire des cas, le mode de vie moderne présente ses avantages pour les situations d'urgence dira-t-on. La pause par contre s'allonge quelque peu, la fatigue est révélée par l'inactivité croirait-on. Mon tempérament toujours pressé aurait eu en temps normal tendance à me pousser à enjoindre mon ami à poursuivre, mais j'ai moi-même ce petit coup de torpeur post-prandial, et je n'ai pas envie de le brusquer non plus. Ce n'est que les petits nuages qui s'amoncellent et masque quelque peu le soleil qui nous font nous relever. Il sera judicieux de profiter de ce répit quant à la chaleur de plomb des heures où normalement l'astre du jour est au zénith. Quitte à passer pour un fou, la grisaille est préférable au beau temps quand on marche en extérieur sans végétation pour vous couvrir...

Nous continuons de monter, inlassablement. Fozzano était relativement proche de Burgo, mais notre but final de la journée, Sainte Lucie de Tallano est encore à quatre heure de marche. Nous quittons la forêt pour traverser de nouveau le maquis dégagé. La mer, que nous avions laissé juste derrière-nous il n'y encore que quelques heures, est déjà invisible. Nous savons alors que nous sommes entrés dans le vif du sujet, qu'à compter de maintenant nous devrons terminer notre étape. Lui a déjà plusieurs randonnées de ce genre à son actif, moi je découvre. Aussi éprouvé-je alors cette légère appréhension digne de l'enfant qui apprend à nager, et que l'on lâche un beau jour là où il n'a pas pied pour qu'il se prouve à lui-même qu'il est désormais capable de s'en sortir seul. C'est à la fois grisant et effrayant. Mais c'est en tout cas une expérience à vivre, ne serait-ce que pour définir clairement ses limites.
Autant au dessus de nos têtes le soleil est de nouveau de la partie, autant tout autour le ciel est d'une couleur gris-bleuté qui signe la pluie. C'est un retour à la réalité des excursions en montagne en Corse : le temps est changeant au possible, le matin est souvent caractérisé par un soleil radieux qui peut devenir déluge selon les caprices du firmament. On n'en a pas vraiment conscience sur le littoral, généralement le ciel est soit dégagé soit propice à la pluie, mais même les moment de grisaille demeurent fugaces et souvent sans conséquences. Pour l'heure, c'est acceptable donc pas de réelle inquiétude à avoir pour la suite.

Nous avons atteint l'autre versant : une vallée immense est devant nous, et d'après nos estimations par rapport à notre carte, nous sépare de notre but d'étape. Bien que généralement optimiste, j'avoue avoir été un peu abattu à ce moment quand j'ai pris conscience du chemin que nous devions encore parcourir. Rien n'a transparu, mais alors, je me suis remis en question sur ma capacité à mener à son terme notre entreprise. J'ai seulement l'expérience des randonnées d'une journée : aussi éprouvante ait-elle été, à son terme, tu n'as qu'à te reposer et te remettre pour la suivante. Mais là, au mieux au milieu de l'étape, soit aux milieu du cinquième du périple, me voilà déjà à me demander si je suis bien capable de terminer. Nous refaisons une pause tandis que j'ai ces réflexions. Pour me rassurer je constate que c'est également éprouvant pour mon compère. Connaissant son expérience, je me remets à croire en un second souffle miraculeux qui nous donnera des ailes pour venir à bout de la journée. Et ainsi nous repartons.

Tout ce qui monte doit redescendre. C'est un principe connu depuis les temps immémoriaux, et c'est un peu ce qui caractérise la suite. Comme annoncé précédemment, nous avons grimpé, et grimpé, et encore grimpé. Pas très haut finalement, mais quand on sait que l'on doit redescendre la vallée pour refaire la même chose de l'autre côté, l'idée de la tyrolienne vous traverse réellement l'esprit. Mais tant pis, ce seront à nos pieds de faire encore le travail. Nous retraversons une zone forestière, qui nous protège un peu de la chaleur, ce qui est toujours çà de gagné. Son silence naturel est troublé bientôt par des bruits mécaniques dont l'origine est invisible. Nous n'avons rien vu d'où ces rumeurs pourraient provenir, mais nous les identifions finalement à des bruits de roche que l'on attaque. Une carrière semble l'hypothèse la plus plausible, mais alors, encore cerné par les arbres, nous n'en avons pas la confirmation. Ce n'est que plus bas, en rejoignant la route qui y mène que nous confirmons notre hypothèse. Cette anecdote peut semble dérisoire, mais elle signe bien que nous ne serons jamais très éloigné de la présence humaine au cours de notre voyage, ce qui peut être un facteur rassurant en cas de pépin imprévu.

A mesure que nous avançons, au gré de ces montées et descentes successives, mais qui finalement font un cumul de dénivelé conséquent, nous arrivons au pont de Piombatu, qui nous fait traverser le Rizzanese. Le cadre est magnifique, mais le courant des rapides en amont, et cette écume douteuse en aval ne valorise pas vraiment le cours d'eau. Ce qui aurait du être un point d'intérêt inoubliable s'en trouve alors quelque peu gâché. Mais le cadre forestier magnifique redonne à ce tableau ses lettres de noblesse. D'autant que nous devons le surplomber pour poursuivre notre voie. J'ai alors beau être fatigué, je me remets à réellement profiter de ce que je vois, je me délecte du chemin là où il y a encore quelques heures j'en étais arrivé à le subir. Les yeux voient mais ne regardent pas, et c'est toute la tragédie de la situation. A l'heure où j'écris ces lignes, j'ai fort heureusement les images mentales qui me reviennent et m'offrent une deuxième chance. Je la saisis et décide de la fixer par mes mots. Il serait criminel de laisser ces expériences sombrer dans les affres de l'oubli, de faire que ces efforts consciemment consentis n'ai au final servi à rien qu'à marcher bêtement. C'est un peu cela ce deuxième souffle dont je parlais avant. Le corps est éreinté, mais l'esprit redevient alerte.

Et j'en ai d'ailleurs bien eu besoin de ce retour de flamme qui a fait que mon esprit m'a aidé à surmonter l'état de presque épuisement physique dans lequel j'étais alors que nous entamions notre dernière montée vers Santa Lucia. A cours d'eau, les pieds brûlants la peau échauffée et moite des dernière gouttes de sueur de mon corps, c'est simplement ma conscience qui me fait enchaîner machinalement les pas vers le village. Celui-ci est charmant d'ailleurs. Une fois atteint, comme libéré miraculeusement du poids de la fatigue de la journée, je me remets à arpenter les ruelles avec mon ami pour trouver la route vers notre gîte d'étape. Il me tarde par ailleurs d'y entrer pour m'y reposer, mais je suis alors en paix : je sais que le but est atteint pour notre premier jour, qu'il y a plus alors qu'à se laisser porter.

Une fois installés dans notre chambre, puis rafraîchis comme il se doit après tout ce chemin, il est déjà l'heure de dîner. Nous ne sommes pas nombreux malgré la saison touristique : mon camarade et moi, ainsi qu'un couple d'allemands qui ont fait le Mare a Mare dans l'autre sens. L'idée que ce soit la dernière pour eux et la première pour nous me fait sourire quand j'y pense. Tous à la même tablée, la conversation commence progressivement en anglais. A défaut d'avoir été très loquace, j'ai au moins la satisfaction d'avoir compris l'ensemble des propos. Et de toute manière, le niveau d'anglais de mon compagnon de balade étant excellent, je le laisse mener les propos. Ils nous racontent un peu leur route, histoire de nous prévenir sur ce que nous allons voir, et nous tâchons d'en faire autant, même si pour nous ceci se résume à une étape. Ils nous a apprennent l'existence d'un raccourci juste avant Serra-di-Scopamena, ce qui nous confirme que nous pourrons éluder une étape pour aller directement à Levie, tout en pouvant visiter le site néolithique de Cucuruzzu. Nous décidons alors de nous lever aux aurores pour partir au plus tôt le lendemain, comme si les efforts consentis en ce jour n'avaient finalement pas été terribles. Je suis galvanisé, prêt à franchir les montagnes, littéralement, mes doutes sur mes capacités se dissipent en partie.

Je ne savais pas au juste à quoi m'attendre à séjourner en gîte. J'avais en tête un confort très sommaire, qui m'avait poussé à surcharger un peu mon bagage. J'ai été très agréablement surpris par l'accueil somme toute très coquet : nous n'étions que deux dans notre dortoir, donc on se serait cru à l'hôtel, le dîner était excellent de l'avis général, et cet échange facile avec les autres randonneurs amène une dimension humaine appréciable.


Mais pour l'heure il est temps de nous coucher pour prendre un repos amplement mérité, d'autant que nous devons nous lever tôt une nouvelle fois pour poursuivre notre aventure...

A suivre...
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Prémices du GR20 Sud, de la forêt de Vizzavona à la crête d'U Cardu, en juin 2013


Heureux concours de circonstances qui vient troubler la triste finalité dont ce jour avait été affublé presque jusqu'au bout. Tour de France oblige, l'axe routier principal de l'île devait se trouver fermé à la circulation pour plusieurs heures en ce jour, d'où une certaine amertume malgré la liesse populaire suscitée par l’événement. Et pourtant, de façon impromptue je me trouve à m'élancer sur la première étape du GR20 Sud, au départ de la forêt de Vizzavona.

J'explicite un peu le pourquoi du comment : un ami a décidé de se lancer dans l’aventure et de faire ses six jours de marche. Il s'avère que les trains n'offrent pas d'horaire satisfaisants pour qui veut faire cette étape jusqu'au refuge d'E Capannelle sans arriver trop tard dans l'après-midi. Plutôt spontanément, je lui propose de lui servir de taxi jusque là-bas, tant par amitié pure que par une certaine envie vis à vis de son entreprise. Je ne cacherai pas que j'aurai ardemment souhaité être à sa place, mais mes impératifs professionnels en décident autrement. Et je me tempère vu que nous avons un autre projet commun de randonnée sur plusieurs jours qui devrait aboutir de façon imminente... Ma proposition acceptée, il me propose enfin de faire un bout de chemin avec lui sur les débuts du GR20. Quitte à passer pour un vil manipulateur, je confesse que j'espérais bien me l'entendre proposé. Je n'aime pas m'incruster, je préfère me faire désirer. C'est ainsi. Le fait est que chacun y trouve son compte : lui aura un moyen de transport jusque là-bas, et un peu de compagnie, et moi j'aurais ma balade dans un cadre superbe, plus la satisfaction d'avoir entamé un circuit mythique de grande randonnée, et qui plus est avec un marcheur chevronné.

Nous partons tôt pour Vizzavona. Nous savons que la route sera bloquée pour laisser défiler les cyclistes en partance pour Ajaccio, il convient donc d'être en place avant. Le laps de temps avant cette sentence est encore long, nulle inquiétude à avoir. Derniers arrêts ravitaillement pour lui avant son épopée, et nous voilà au cœur de la forêt qui marque la limite entre le nord et le sud. La route fut longue, en tout cas plus que d'habitude pour moi, mais ces paysages du cœur de l'île compensent largement l'effort consenti, si l'on peut parler d'effort pour une douce sortie dominicale.

Nous sommes loin d'être seuls malgré l'aspect reculé de l'endroit. On sent que le tour cycliste est un moteur incroyable d'engouement populaire, en tout cas bien plus que je ne l'aurais cru. Peut-être est-ce simplement un relatif égoïsme qui me faisait croire cela. Me sentir bridé dans mes déplacements est une véritable atteinte à ma liberté, aussi en voulais-je un peu à cet événement dont je me sentais par ailleurs si étranger vu que le vélo n'est pas ma tasse de thé... Il n'empêche que nous trouvons fort heureusement à stationner sur la bas-côté, non loin du départ de son sentier. Dernières vérifications d'usage, particulièrement pour son sac, et nous nous mettons en route.

Autant pour lui l'objectif est clairement établi, autant pour moi il reste dans un flou artistique le plus parfait. Je n'ai pas l'habitude de me fixer une limite de temps en balade, je préfères de loin avoir un but concret à atteindre, plutôt que de fixer une heure butoir à laquelle je devrais rebrousser chemin sous peine de retard. Les imprévus sont toujours possible, et se baser sur le temps ne me plaît guère : si par malheur je me retrouvais retardé pour telle ou telle raison, ne pas tenir mon impératif serait dans tous les cas perçu comme une défaite. J'aime à vagabonder et à tout oublier quand je marche, et cela va à l'encontre de cette recherche. Il n'empêche que je marcherais donc tant que je jugerai un retour possible dans des horaires compatibles avec mes impératifs. Si l'on s'en réfère à son guide, il en aura pour cinq heures environ, personnellement, je pense l'accompagner trois heures puis rentrer.

Nous foulons donc le GR20. Je ne parlerais pas en son nom, je ne suis pas dans sa tête, mais pour ma part, j'éprouve ce sentiment proche de l'accomplissement que l'on ressent dès lors que la consécration a été atteinte. Je me ravise hélas bientôt, en me souvenant que je ne suis qu'un accompagnant transitoire, que je n'irais en tous les cas pas jusqu'à Conca. Tant pis, je préfères rester sur cette idée positive. Et après tout, le chemin compte plus que la finalité à atteindre, je ne me le répéterai jamais assez.

Le sentier est large. Très large, voire trop. Certes, pour la salut des randonneurs qui l'arpentent, mieux vaut ainsi, mais on perd en authenticité au final. Le marquage bicolore est omniprésent, et tout étourdi que je suis, je n'ai aucun mal à le suivre. Je me surprendrai même à l'indiquer par moment à mon camarde en quête du chemin. Nous ne sommes pas seuls en plus, loin s'en faut. De nombreux autres marcheurs de tous les âges et de toutes les nationalités se succèdent à mesure que nous progressons. Ce sentier de Babel en devient humainement intéressant : autant j'apprécie particulièrement la solitude méditative, autant côtoyer d'autres personnes qui sont là dans un but similaire en est tout aussi intéressant. D'autant qu'il se dégage de ces rencontres furtives toujours un minimum d'interactions sociales, ne serait-ce qu'avec l'échange de ces « bonjours » (ou bien son équivalent dans la langue d'origine de la personne croisée). A bien y réfléchir, c'est un usage qui s'est perdu dans la vie citadine courante. Peut-être par peur de l'inconnu, peut-être par snobisme vis-à-vis de lui...

Pour en revenir à notre marche, le sentier forestier ombragé est particulièrement appréciable en ce jour estival où peu de nuages osent ne serait-ce que montrer leur silhouette éthérée. Il fait bon, même un peu frais, mais comme toujours, l'effort nous réchauffe. Au gré des tours et détours du chemin, nous quittons finalement les bois pour arriver à flanc de crête, celle de Bocca Palmentu. L'effort pour terminer l'ascension est rude, peut être à cause du soleil dont on n'est plus protégés, peut-être à cause du tracé direct que nous nous imposons vers le sommet alors que le sentier balisé semble plutôt gentiment serpenter. Mais cet effort valait le coup : je revois la mer. C'est idiot mais j'ai besoin de me savoir proche de celle-ci. L'intérieur et ses paysages montagnards sont magnifiques, c'est indéniable, mais dès lors que je quitte ses rivages, j'ai cette nostalgie, voire même ce sentiment de n'être pas à ma place là-bas. Ma plaine, si triste soit-elle, me manque. Et la revoir d'aussi loin est tout de même appréciable, ne serait-ce que pour en admirer la beauté simple que l'on ne voit pas d'en bas. J'exagère en disant ceci, mais j'ai alors l'impression d'être son age gardien, qui veille, silencieux, du haut de son paradis inaccessible.

Revenant à des préoccupations bien plus pragmatiques, nous nous apercevons que nous avons été bien plus rapides que l'horaire indiqué. Il est encore tôt, je peux me permettre de poursuivre l'accompagnement. D'autant que dans tous les cas, je serais bloqué alors par le passage des cyclistes prévus seulement pour le milieu de l'après-midi, et qu'accessoirement, je n'ai pas envie de rebrousser chemin de sitôt. C'est à la fois par égoïsme, car je veux profiter encore un peu plus du sentier, et par solidarité avec mon ami, que je ne veux pas laisser partir seul trop tôt. J'ai définitivement cet instinct du protecteur, même quand il n'y a pas lieu. Des deux, ce serait plutôt à moi de faire attention pour mon retour isolé, il est beaucoup plus expérimenté que moi.

Prochaine étape, les bergeries d'Alzeta. Peut-être l'endroit où nous nous séparerons, il faudra encore une bonne heure pour les atteindre d'après le guide. Le fait est qu'après cette montée éreintante, le descente du sentier est appréciable, même si finalement nous n'avons pas encore beaucoup forcé. Descente délectable certes, mais qui nécessite de se méfier, de par la rocaille grossière qui en compose le chemin. La chute est vite arrivée dans ces conditions, la prudence reste de mise tout le long. Il fait chaud en tout cas, midi approche, et le soleil est au plus haut. La végétation est rase, nul échappatoire niveau oasis ombragé à en attendre.

Et pourtant, le salut arrive bientôt : les bergeries sont là. Nous sommes circonspects vu que çà ne doit faire que vingt minutes que nous sommes descendus de Bocca Palmentu. Mais nos doutes sont vite dissipés par le panneau de bois indiquant « Bergeries d'Alzeta ». Ces charmantes maisonnettes de pierre au milieu de cette clairière à peine vallonnée doivent être employées comme refuge pense-t-on. Elle ont l'air bien entretenues, et leurs portes et volets rouge vif semblent fraîchement repeints. Nous avançons donc vite, voire très vite. Ce qui devait marquer la fin de mon étape n'en devient qu'un point de ralliement supplémentaire. Je peux me permettre encore un peu de marche. Tant mieux, nous nous arrêterons déjeuner à la crête d'U Cardu, à priori plus très loin. Ainsi il ne sera plus qu'à une petite heure du refuge d'E Capanelle, et moi je n'aurais pas trop de route pour revenir à mon point de départ.

Nous revenons à un sentie plus ombragé, même si le soleil au zénith perce fréquemment les feuilles pour nous atteindre. Les petits ruisseaux sont nombreux, l'eau est limpide, on en boirait presque s'il s'avérait que ce n'aurait pas été prudent sans traitement désinfectant. Non pas que je sois hypocondriaque outre-mesure, mais il serait idiot de se rendre malade pour quelques gorgées volées, alors que nous avons une réserve d'eau garantie potable dans nos sacs. La végétation a encore changé : nous sommes entourés d'aulnes bas, dominés par les résineux. J'adore cette diversité végétale, au-delà de la simple observation botanique quasi-clinique, elle n'en demeure pas moins un régal pour les yeux qui se voient offrir un panel incroyable de formes et de couleurs variées.

Et la crête est là. Apparaissant presque furtivement au détour du sentier où les arbres se clairsèment et la vue sur la Méditerranée s'ouvre de nouveau. Un panneau indiquant la direction de Ghisoni est là, pour qui voudrait tenter l'aventure. Mais pour nous, l'heure est au petit repos mérité, avec son casse-croûte de mi-journée. Nous nous installons au plus haut possible de la crête, près d'un pin qui semble indiquer son faîte. Le silence venteux, à peine troublé par les cris d'oiseaux et les bruissements d'herbe des lézards nous rappelle que nous avons bien mérité ce havre paisible qui nous servira de tablée pour notre déjeuner. Le menu est simple, mais a ce raffinement propre aux choses qui abandonnent le pompeux des fioritures excessives pour se concentrer sur l'essentiel : partager sa pitance et s'assurer que celle-ci vous redonne la force de continuer jusqu'au soir. Nous avons marché presque trois heures pour en arriver là, et pourtant nous ne nous précipitons pas goulûment sur la nourriture. La sérénité du lieu semble presque nous suffire. Nous prenons notre temps. Il n'est pas en retard, et moi non-plus. Cette considération faite, nous perdons donc calmement une heure en farniente et discussions.

Mais il est bientôt temps de se dire au revoir. Nous quittons notre sommet de la crête pour rejoindre notre chemin. Mais cette fois, nous le suivrons chacun de notre côté. Le moment est presque solennel. Et viennent les derniers au revoir, avec les remerciement échangés, moi pour avoir eu la chance de pouvoir parcourir presque une étape complète du GR20, et lui pour avoir eu un accompagnateur éphémère. Je meurs d'envie de l'accompagner, je veux moi aussi traverser la moitié, de l'île et voir toutes ces merveilles. Mais je ne peux pas, je le sais, mes obligations sont présentes. Peut-être un jour ce sera mon tour. C'est ainsi. J'aurais au moins son récit de l'aventure pour aiguiser mon envie. Un dernier au revoir et nous nous tournons désormais le dos.


Mon retour fut encore plus rapide que l'aller. Le chemin désormais connu y a beaucoup contribué. Je note que de nombreux autres randonneurs sont encore dessus. Ils arriveront bien entendu au refuge, mais je constate qu'il n'y avait de fait pas d'urgence pour nous ce matin. Ainsi se poursuit mon retour vers le col de Vizzavona. Je me permets même le luxe de rejoindre ma voiture à temps pour observer le passage des cyclistes. Un comble pour qui avait décrété plus tôt que ceux-ci bridaient sa liberté de mouvement. A défaut d'avoir admiré le spectacle à sa juste valeur, au moins pourrais-je transmettre les clichés à qui appréciera...
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