Mi Mi Fa Sol Sol Fa Mi Ré Do Do Ré Mi Mi Ré Ré...



... ou l'art de la troublante simplicité.

Vous connaissez tous cet air délicat, cet air tantôt guilleret et joyeux, tantôt épique dans ses interprétations chantées et orchestrées. Cet air de quelques secondes qui fait partie d'une oeuvre bien plus longue et tout aussi grandiose, voir même encore plus vu qu'elle offre pléthore de variations autour de cette ligne mélodique.

Troublante simplicité disais-je en guise d'ouverture. Oui. Cinq notes, pas d'altérations. Nul besoin d'un doigté de virtuose quel que soit l'instrument. Au piano même pas besoin de bouger sa main de sa position. C'est à cela que l'on voit la patte du génie de la musique qui l'a composé cet air. Quand vous avez des morceaux classiques, certes tout aussi beaux, mais qui entremêlent de nombreuses lignes mélodiques et harmoniques pour arriver à l'émotion, et qui vous y opposez cet hymne, nulle comparaison possible. C'est une approche différente du beau, c'est arriver à faire ressentir l'émotion voulue de façon universelle à quiconque daigne bien l'écouter au-delà de seulement l'entendre.

D'aucuns verront dans ce discours une marque snob de pédantisme démasqué. De la part d'un homme incapable de dépasser les trois notes qui se suivent sur son ocarina et tout aussi peu capable de jouer avec ses deux mains simultanément sur un piano, ce serait tout bonnement malvenu et prétentieux, voire carrément risible. Mais ce n'est pas parce que l'on ne maîtrise pas un domaine que l'on doit s'en détourner. Sans quoi le monde serait rempli d'âmes en peine en attente de la fin inexorable, sans buts, sans passions, sans rêve ni espoir...

J'aime cette musique fluette, j'aime ce qu'elle évoque, j'aime ce à quoi elle peut être associée. Avec goût ou pas. Cette opposition flagrante que l'on peut lui prêter entre le thème de la joie et de la fraternité, et ses associations à la Orange Mécanique à cette violente puissance. Ou plus cocasse comme mon lien d'illustration. Elle rythme les humeurs, elle s'accorde avec toutes les circonstances de la vie.

Elle est belle c'est tout.
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En direction du San Petrone par Campodonico, en avril 2013



Tu m'as fait de l’œil ce beau dimanche de Pâques. Ce fut bref mais intense comme qui dirait. J'ai hélas vite du te tourner le dos ce jours-là, mon camarade de route avait d'autre projet pour nous alors. J'ai eu un peu de mal à détacher mon regard de toi, mais sans me faire remarquer de trop vu que je fermais la marche. J'avais déjà entendu parler de toi, il faut dire que tu es célèbre de par chez toi et même au-delà. C'est présomptueux de ma part mais j'espère que tu me laissera ma chance de me rapprocher de toi bientôt...

Non, je ne fais pas la cours à une charmante damoiselle qui en moi aurait suscité l'émoi... Je parlais du San Petrone, le point culminant de la Castagniccia. Et non, je n'ai pas perdu la raison. Il va sans dire que mon amour des hauteurs est bel et bien réel depuis mon aventure avec le Monte Stello... Ou plutôt au Monte Stello. J'ai développé au cours de mes balades une dépendance presque obsessionnelle envers les buts à atteindre. Je recherche à la fois la performance physique et la symbolique. Et pour cela les sommets sont de parfaits choix. Le corps est mis à rude épreuve, le mental tout autant pour supporter l'effort interminable des ascensions. Et pourtant la simple pensée de la récompense à se retrouver tout en haut suffit à accepter la souffrance. Finalement, d'une certaine façon c'est ce qui me fait penser que c'est similaire à faire la cours à l'élue de son cœur...

Je m'explique, avant de laisser à jamais l'image d'un handicapé affectif associée à moi. Première phase, le repérage. Il peut être fortuit ou volontaire, en fonction des aspirations de chacun, pas de jugement de valeur à avoir sur les circonstances de la rencontre. Seulement le coup de foudre, ce flash puissant qui transcende les règles de la logique. Ce truc indéfinissable qui vous fait bloquer sur l'apparition qui se présente devant vous, au point de faire s'arrêter le cours du temps l'espace d'un instant. C'est un peu théâtral comme présentation mais le propos qui se veut didactique se doit d'être parlant. Surtout quant au début de la problématique abordée.

Deuxième étape : la prise d'informations, suivie ou accompagnée de la prise de contact, selon que l'on est entouré ou pas, timide ou non. Ceci pour paraître sous son meilleur jour et rester maître de la situation. Je parle ici du cas où l'on se projette sur le long terme, pas de celui de l'histoire sans lendemain qui peut tolérer l'abordage direct à la sauvage, celui-ci pouvant tolérer d'être rejeté sans conséquences affectives majeures. On cherche aussi par ce biais à montrer son intérêt et justement prouver que l'on s'attend à du sérieux, tout en s'assurant néanmoins du bien-fondé du choix effectué à l'étape précédente. C'est la phase cruciale où l'on jauge de la réciprocité de l'intérêt. Çà passe ou çà casse, mais à ce stade, l'affectif ne vient pas se mêler de la situation.

Troisième étape : ils se marièrent, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants... Bon, c'est une version résumée, mais vu que je suis incapable de parler d'expérience, je suis bien contrains de faire avec les informations glanées de-ci de-là à ce sujet. C'est simplement l'étape de consécration de ce qui a été établi jusqu'à présent. Les deux protagonistes s'accordent parfaitement. L'osmose au sein du couple formé est parfaite, et nul ne saurait défaire un si bel accord.

Mise en bouche originale cette fois, non ? Rigolote même quand on y pense au second degré. Et pourtant je ris jaune... Je ris jaune car j'ai été éconduit par le sommet que je convoitais de rajouter à mon palmarès. Je l'ai dit : je l'ai entraperçu et j'ai su que je devais m'y rendre. J'ai travaillé à son sujet, cherché le meilleur itinéraire pour faire la route la plus simple possible, je me suis renseigné autant que j'ai pu, en tout cas bien plus que pour la majeure partie de mes autres sorties. J'en savais presque par cœur comment le parcours devait se goupiller. Théoriquement certes, mais au moins le savais-je.

Une seule variable impondérable : le temps. Quand on dit s'attaquer à un sommet qui dépasse les 1700 mètres, on a bien conscience qu'à tout moment le ciel peut changer de visage. De l'azur infiniment profond qui vous allège l'âme, il peut devenir lourd de brumes blanches et insondables... comme çà, sans que vous ne compreniez pourquoi. J'ai toujours eu cette chance insolente d'éviter ses caprices les plus extrêmes, ses crises de nerfs brutales. Au pire ai-je eu quelques gouttes pour tempérer mes ardeurs, ou des bancs de brume fugace pour me freiner. Donc j'y crois encore une fois. J'y crois dur comme fer à ma capacité à accomplir cette ascension. Il est dit que la matinée sera dégagée, mais que les ennuis commenceront dans l'après-midi. Donc, en fin stratège, je fixe mon départ tôt ce matin, de sorte que je serais rentré à temps avant la colère programmée des éléments.

Une nouvelle fois, c'est mon orgueil qui me jouera des tours aux abords d'une crête... Ma bévue du Monte Stellu ne m'a donc pas servi de leçon. Je suis pressé, trop pressé. Je décrète que c'est maintenant ou jamais, comme si plus tard, quand le temps sera vraiment clément et moins enclin aux ondées, plus tard disais-je, ce n'était plus possible. Pour reprendre mon analogie avec la parade amoureuse, j'ai rencontré ce mont, j'en suis devenu obsédé, et maintenant je dois l'aborder avant qu'un autre me le vole. Définitivement égoïste en plus. Ne suis-je pas charmant quand je me dévoile sous mon meilleur jour ?
Mes préparatifs sont faits. Le soleil naît à peine à l'horizon. Je pars vers Campodonico. C'est loin, toutes proportions gardées certes, mais je devrais parcourir une longue route avant de pouvoir faire ma cours... Inconsciemment, je dois penser que c'est déjà une grande marque d'attachement qui mettra le déroulement de la balade sous les meilleurs auspices. Que ne ferait-on pas pour l'objet de nos convoitises... Demeurent quelques nuages résiduels d'hier soir, mais rien qui ne m'alarme plus que cela, la plafond me semble bien haut et stable. Impénétrable mais stable. Et les premiers rayons qui colorent la plaine sont autant de preuves supplémentaires de ma future réussite. Et à mesure que je m'enfonce vers Piedicroce, les brumes qui se dissipent accentuent ce sentiment de toute puissance encore et encore... Et c'est grisant, et rassurant.

Le petit hameau est atteint. Le ciel est bleuté, à peine entaché de quelques nuages esseulés qui n'attendent qu'à se dissiper à la chaleur de l'astre du jour. Tout est réuni pour que notre rencontre avec le San Petrone soit un succès. Ainsi rassuré je me mets en route, le chemin m'est en partie connu après tout. Et je vagabonde le cœur léger, presque insouciant pour une fois, comme dans ces mises en scène un peu naïves de premiers rendez-vous, où celui courtise va à la rencontre de sa belle en chantonnant et sautillant gaiement. Et j'arrive à cette bifurcation. Et mes yeux sont ravis d'y voir sur son panneau de bois l'indication du chemin vers la montagne. Ô joie dont l'hymne victorieux résonne en mon for intérieur. Tu me sembles alors sans fin et inaltérable en ce jour. Et tu me mènes à travers les monts et les forêts, bercé par le chant du vent et des torrents, tu me mènes vers ces plus hautes sphères, vers ma Béatrice comme Dante, comme jadis je vécu mon errance à travers les hauteurs de Stella...

Et je grimpe, le corps toujours vaillant, de par l'esprit léger qui le meut pour accéder à ses promesses. Le soleil derrière moi, et toujours ces petits qui s'accrochent à leur existence éphémère en semblant se mettre à l'abri des sommets. Tant pis, sombres amis, joignez-vous donc à ma fête, vous autres, aussi petits, ne sauriez gâcher la noce promise à ce vaillant marcheur qui s'en va à la rencontre de la montagne qui lui est alors destinée.

Et je m'élève toujours, m'extasie sur les beautés de la nature, contourne gentiment ces quelques vaches qui occupent le sentier, à défaut de les en chasser vu que je suis d'humeur enjouée (et que je n'ai pas envie d'être coursé par une de ces bestioles idiote accessoirement). Mais, dites-donc, mes petits nuages, vous n'auriez pas pris un peu d'embonpoint ? Laissez un peu respirer le crête. Vous n'avez finalement pas d'autres choses plus urgentes à faire ? Non pas que je vous chasse, juste que je ne suis pas certain que mes projets ne vous intéressent finalement...

Je suis à plus de 1500 mètres, j'ai atteint un premier pallier qui consiste en une sorte de petite prairie qui continue de s'élever cependant dans la rocaille en face. Elle s'élève, elle avance, mais plus de chemin net, plus de marque de couleur pour guider mes pas. Et ce toupet cotonneux désormais ancré au-dessus de ma tête. Il est bien dense, bien plus que ce à quoi j'ai déjà été confronté auparavant. Je n'en vois pas l'autre côté, c'est dire qu'il n'est pas juste fugace. Oh là ma belle montagne, c'est moi ! Je t'ai aperçu tantôt et je dois t'avouer que je ne suis pas resté insensible à tes charmes. Je tenais à te le dire en personne. Tu vois, je viens seul, je brave l'heure matinale et les éléments pour que nous fassions plus ample connaissance. Veux-tu bien entrouvrir ton manteau de brume, que je puisse t'approcher pour que nous soyons plus intimes...

Rien de ce délire n'a été ouvertement verbalisé, bien entendu. Et de toutes manières, qui l'aurait écouté ? Les vaches ? Pourtant, la nuée devient encore plus dense. Comme si mon insistance maladroite avait effarouché le sommet... J'ai mal joué mon approche, la première impression est mauvaise. A défaut d'être souffleté de par ma conduite cavalière, je me vois repoussé dans mes avances. Je n'aime pas çà. J'ai donné de mon temps, j'ai ravalé mes principes pour partir la voir seule cette montagne, et elle me repousse alors même que je suis à ses pieds ? A quoi elle joue ? Tu me laisses t'approcher jusque là et tu me fais çà ? Mais pour quoi elle se prend ?

Je sais que je n'irais pas plus loin. Pas prudent de poursuivre. Je me persuaderais bien de l'inverse, mais je n'arrive pas à prendre le risque. Au fond, peut-être que le coup de foudre n'était pas si intense que je le croyais. Je rentre, bredouille, je jette juste de furtifs coups d’œil vers ce mont, et m'excuse intérieurement de tout cet emportement. Le San Petrone n'a pas mérité çà. J'ai été trop pressant, j'en ai payé le juste prix finalement. C'est une bonne leçon de morale. Même si j'enrage... Le soleil est taquin. Maintenant que je redescend, c'est lui qui semble aller courtiser la montagne. Je me la suis faite souffler sous le nez aujourd'hui. Et c'est ma faute.

Mais je suis persévérant, je te reverrais, beauté sauvage, je te montrerai qui je suis au fond, je serais à l'affût de tes merveilles, au rythme où tu me les dévoileras. Pardon pour ma conduite...
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Où sont ces serpents qui sifflent sous mes pieds ?



Je déteste les serpents, je ne m'en cache pas. Et j'en rabats copieusement les oreilles de qui veut bien m'écouter m'épancher longuement sur ce sujet. Aucun argument précis contre ces bestioles. Peut-être des restes du catéchisme et l'assimilation au Diable incarné sur terre ? Peut-être la peur ancestrale du venin puissant de certaines espèces ? Peut-être simplement l'appréhension de découvrir l'un de ces intrus là où on ne l'attend pas, de par leur allure filiforme et leur propension à se faufiler insidieusement un peu partout.

Toutes ces années j'ai vécu avec cette boule au ventre quand au retour de la belle saison je devais partir gambader en pleine nature. C'est d'ailleurs ce qui m'a retenu si longtemps d'entamer ma carrière de marcheur je pense... Pauvre fou bassement terre à terre dans tes considérations. Depuis le Monte Grossu la balance s'était inversée, l'attrait des paysages traversés avait repris ses droits, la peur de croiser un de mes chers ophidiens ne venant plus qu'au second plan. Je n'y pensais d'ailleurs presque plus à mesure que je m'étais mis à partir toujours plus loin, tout seul comme un grand garçon, malgré les froissement que j'entendait dans les fourrés alentours. Je ne dis pas que parfois, au gré d'un des-dits bruissements au milieu des herbes environnantes je n'avais pas une légère gêne, mais rien de rédhibitoire pour la poursuite de mes activités.

Quand bien même j'étais quasiment sûr d'en avoir croisé un qui s'est faufilé entre mes pattes à Sisco, j'ai pu poursuivre la-dite balade, du moment que je n'avais pas pu objectiver de façon certaine la rencontre avec la bête... J'aurais déjà du avoir la puce à l'oreille à ce moment... Là où je veux en venir ? Je m'avance certainement, mais je crois que cette panique infantile, cette bête noire (au sens littéral quand on connais nos couleuvres...), ce fantôme sans consistance, est en train de s'estomper.

J'ai déjà eu maille à partir avec des couleuvres dans mon enfance. Trois fois. Trois fois de trop à mon goût... Ou était-ce quatre ? Toujours des réactions hystériques, cris, pleurs, tachycardie, tremblements. Pas moyen de se contrôler. La phobie au sens littérale. Et honnêtement, aucune simulation à ces moments, les signes cliniques ne s'inventent pas. Je me croyais donc logiquement irrécupérable, et sans aller jusqu'à dire content de l'être, je ne voyais pas l'utilité de travailler dessus.

Et l'inévitable devait enfin arriver ce week-end. En sortie à Mandriale pour faire découvrir la chapelle Saint Jean à un ami, je devais tomber sur une couleuvre bien noire qui serpentait au derniers détours du sentier une fois rentré au hameau. Certes je ne suis pas resté inébranlable, loin s'en faut, mais au lieu de la débâcle promise par mes expériences précédentes, j'ai juste rebroussé chemin et demandé à mon compagnon d'avoir l'obligeance de demander à l'invité surprise de prendre congé. Il se sont tout deux très gentiment exécutés soit dit en passant. Cette fois-ci j'ai presque réussi à avoir une réaction honorable face à ma némésis.

Au fond, peut-être ne suis-je pas perdu... J'ai toujours été intimement convaincu de la capacité de l'être humain à évoluer, dans un sens ou dans l'autre. Et ce jour-là j'ai eu confirmation de ma théorie. Je pense pouvoir dépasser mon appréhension, par intérêt pour la marche, pour ce qu'elle m'apporte et ce qu'elle me fait découvrir. Pour cela je veux bien dépasser mes doutes sur mes capacités. Pour cela je veux retrouver la raison...

Et puis, ce serait presque mignon, finalement, ces petits animaux et leurs volutes... non, quand même pas encore...
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... Mais çà, c'était avant



Un petit billet qui fait suite à une réflexion douce-amère de trentenaire blasé qui fait déjà le point sur sa "longue" existence...

Autant j'ai souvent eu du mal à comprendre l'attachement des plus anciens à leur passé, autant je dois bien reconnaître que tout n'évolue pas forcément dans le bon sens. Pas question ici de se plaindre sur des choses matérielles particulières, je me veux tout de même au dessus de ces considérations futiles et souvent très bêtes.


La technologie, et Dieu sait si j'en suis un ardent défenseur tant qu'elle sert les intérêts de l'humanité, la technologie, disais-je, devient un moyen supplémentaire d'asservissement de masse. En soirée les gens discutent encore, certes, mais passent de plus en plus de temps à mater leur comptes de réseaux sociaux, en mal d'interactions avec leurs semblables, alors même que ceux-ci, et souvent même leurs plus proches amis, sont déjà autour d'eux. Le summum de cet effet pervers est atteint quand un groupe s'affale sur un canapé, et que chacun dégaine son smartphone dernier cri pour s'isoler en fait, et vivre cette nouvelle vie virtuelle parallèle.
J'ai beau être un peu taciturne, ces situations me gênent au plus haut point : est-ce là un moyen de faire comprendre à leur hôte que la soirée manque d'ambiance ? Même pas. Et de toute manière, comme expliqué précédemment, tout le monde la fait, donc c'est même un moyen d'intégration que de se couper du monde. Et c'est ce paradoxe où je veux en venir : l'outil est devenu le maître, l'objet destiné à aider au quotidien prend la place de ce quotidien. N'allons pas jusqu'à parler de seconde vie virtuelle, ce serait digne des pires raccourcis empruntés par les médias et leur gros sabots...

Les médias, d'ailleurs, autre Némésis du vieux con sur le retour. Avant ils servaient à informer, parfois à formater les foules, mais au moins y décelait-on un semblant de sérieux et de professionnalisme dans la tâche. Maintenant ils sont juste des relais de dépêches. L'info est recrachée brute, ou pire avec une analyse journalistique superficielle. En experts auto-proclamés, les journalistes vous inondent de données, que de toute manière vous ne vérifierez pas, car c'est bien connu, ce que la télé vous dit est TOUJOURS vrai...
Incompétence caractérisée, concurrence des mêmes réseaux sociaux décrit au dessus où l'info circule de façon virale, pression des dirigeants (vive la théorie du complot...)... Rien ne justifie vraiment ce traitement par dessus la jambe de ce qui est sensé éduquer la masse. D'autant que l'idiot est une véritable éponge (et pas qu'en terme de Q.I.) : il 'imprègne de ce qu'il voit, ce qu'il entend, et tentera de le reproduire s'il juge que cela constitue la référence à suivre.
Pour en finir avec la télé (c'est bien des médias télévisuels que je parlais, hormis le quotidien local, j’émets de sérieuses réserve quant au succès de la presse écrite auprès du crétin moyen), je ne m’appesantirai pas plus que çà sur la qualité des programmes produits, toujours plus racoleurs, ineptes et prompts à permettre à n'importe qui de se sentir bien dans sa fange, au point d'ôter l'envie même d'aspirer à en sortir.


Moralité : comme je le dis souvent sur le ton de la plaisanterie, on est mal barrés pour l'avenir. Principalement avec la perte de toutes ces valeurs simples mais fondamentales qui régissent la vie en société. Plus de respect de l'autre, plus d'entraide, plus d'émulation qui fait que la base tend à s'élever... Tout fout le camps ma bonne dame...
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Les promenades du rêveur solitaire - La tour de Sénèque en avril 2013



Il faut parfois savoir revenir sur les fondements même de l'art pour progresser. Particulièrement quand l'apprentissage a été celui plus ou moins anarchique de l'autodidacte. C'est bien beau de s'être lancé à corps perdu dans l'exploration de l'île et de ses trésors cachés, toujours en quête de circuits extraordinaires, toujours plus secrets, toujours plus lointains. Et pourtant, pauvre fou, tu as allègrement omis les bases mêmes de ton passe-temps. A côté de combien de lieux évidents es-tu passé ? Tu vas au fin fond du cap pour commencer ta carrière, et tu ne sais même pas que tout près de chez toi tu as deux anciennes chapelles qui t'attendent ? Tu te lances seul dans cette activité alors que tes amis veulent bien la partager avec toi ? Fais table rase de ces débuts chaotiques, reprends à zéro.

C'est un peu dans cette optique de remise en question que je me décide à tenter enfin le circuit qui conduit à la tour de Sénèque à Luri. C'est un des grands classiques des randonnées de Haute-Corse, et pourtant je n'y ai jamais vraiment songé auparavant. Faute de temps, faute de motivation ? Même pas. C'est un circuit court. En terme de distance pour y accéder, je commence à avoir l'habitude entre Rogliano, Meria, Cagnano et le reste des communes du bout de l'île... Peut-être inconsciemment suis devenu hautain au point de dédaigner ces balades trop communes ? Pourtant pas vraiment. J'ai bien refais récemment les sentiers des chapelles de Furiani et Biguglia, et y ai pris du plaisir à y voir la renaissance de la nature. Peut-être avais-je d'autres chats à fouetter, d'autres projets de sorties en ligne de mire. C'est çà en fait. J'ai beaucoup marché en Costa Verde et en Castagniccia, et de fait j'ai du me détourner quelque peu du cap. J'ai aussi du me plier au caprices du temps, et Dieu sait qu'il change vite sur les cimes de l'extrémité de l'île... Le grand soleil cède vite sa place aux nuages gris, et vice-versa. Difficile alors de prendre le risque de se mettre en route pour une expédition à l'issue, et même au débuts, incertains.

Je marche à l’obsession, je ne crois que les fantômes qui hante mon esprit, je n'accorde foi qu'à ses ombres insidieuses qui susurrent à mon for intérieur les lieux où je dois me rendre, les promesses de visions enchanteresses qui étancheront encore un peu ma soif d'inédit dans mon existence bien rangée. Le spectre de Sénèque me fait signe... Même si je sais que le fait qu'il ait vécu aux temps jadis à Luri n'est qu'une légende... Mais il est dur de ne pas entendre cet appel lancinant. Le seul moyen pour retrouver la paix de l’âme sera d'obtempérer. Et je m'y emploierais, car après tout, la Tour ne me promet-elle pas tout ce que je cherche quand je m'évade ? Un lieu chargé d'histoire, une nature omniprésente, la bonne saison pour observer la richesse botanique de l'endroit... Bien joué Sénèque, n'en-dit pas plus, tu m'as convaincu de te rendre visite.

Direction donc le fin fond du cap. Un trajet monotone m'attend, mais c'est une façon comme une autre de se couper des tracas de la vie courante. Et surtout, c'est l'occasion de me remémorer mes visites précédentes aux autres communes, toutes ces aventures si proches mais déjà derrières moi. C'est presque un devoir de mémoire que je suis en train de faire en fait. Brando, sa grotte, mon départ pour le Monte Stellu ; Sisco où j'avais justement alors fini, et son sentier où j'ai fait mon pèlerinage du 1er novembre ; Pietracorbara et son moulin perdu au cœur de la forêt ; Cagnano et ses nombreux autres moulins... Une si courte expérience et déjà tant d'images. Heureusement que je les consigne dans les présentes lignes, je serais bien capable de finir par les oublier tant elles sont nombreuses et s'entremêlent dans mon esprit...

A Santa Severa, il faut s'enfoncer au cœur même du cap pour accéder à U Fenu d'où je partirai vers le donjon perché. Toujours ce rituel de quitter la côte pour sonder les tréfonds des villages perchés de l'intérieur. Toujours cette rupture entre la mer infinie qui vous fait bien sentir qu'elle vous porte en elle comme la mère tient son enfant au creux de ses bras, et ces collines, qui deviennent progressivement montagnes, qui portent sur leurs flancs raides le richesse de l'île, cette végétation qui s'offre à l'Homme comme le plus précieux cadeau de la nature, qui lui a permis de pérenniser son implantation en lui donnant sa subsistance. Nous sommes bénis des dieux en Corse, même si nous ne nous en souvenons plus vraiment, enfants ingrats qui se détournent de leurs parents en pensant voler de leurs propres ailes, fils prodigues toujours heureux en fait de retrouver ce foyer accueillant quand les aléas de la vie ont fait leur œuvre... Me voilà donc une nouvelle fois hors du temps sur cette petite route qui mène au château ancien, et le hameau de départ ne dénote pas avec cette impression, avec son calme paisible où seuls les aventuriers comme moi rompent le cours tranquille de la vie.

Il est temps de se mettre en route. De vite s'éclipser du village pour ne pas trop en troubler la torpeur. De rallier la forêt proche pour que l'esprit puisse se perdre tout son soûl tandis que le corps suit d'instinct le sentier sous ses pieds. Pas de soucis de ce côté-ci, la route passant tout près d'un ancien couvent, elle a été consciencieusement pavée par nos prédécesseurs, laissant peu de place à l'improvisation. D’autant que de nombreux murs verdis par la mousse forestière le bordent. Une petite originalité me frappe cependant à mesure que je progresse sur cette route digne d'un roi : une sorte de rigole où l'eau des précipitations des jours précédents est drainée. Et il faut dire que vue ce qu'il ruisselle des pierres des murets anciens, elle n'est pas un luxe. D'ailleurs est-elle souvent insuffisante, le pavage empêchant l'eau de s'évacuer aisément, le sentier est-il par endroit devenu un véritable petit aqueduc sur plusieurs mètres.

Le secteur est vraiment humide. Encore un peu plus loin je dois traverser une petite rivière qui ma barre la route. J'ai mal au genou suite à ma mauvaise chute à l'approche du San Pedrone, je ne croyais pas avoir été autant affecté et surtout mettre autant de temps à m'en remettre. Mais j'ai une canne pour me seconder. A me voir on pourrait croire observer un dandy de sortie, et pourtant elle me soulage vraiment, et surtout me sert d'assurance pour éviter de nouvelles chutes... Chat échaudé craint l'eau froide... Ni une ni deux, l'obstacle est franchit sans problème majeur du moment qu'un appui supplémentaire m'est offert.

Je suis au cœur de la forêt, nul bruit pour troubler le recueillement où mon esprit s'enfonce, bercé par le seul murmure de l'eau, du vent et des oiseaux. Je vais finir par croire que l'histoire des lieux s'exprime sans même qu'on le veuille : à marcher sur cette route vers le couvent j'en ressentirais presque un apaisement salutaire, comme si j'expiais de la sorte les fautes qui vous pèsent sur la conscience, comme si je voulais en profiter pour en sortir purifié. Il faut cependant avouer que c'est cette paix environnante qui pousse à l’introspection, au-delà des convictions religieuses propres. Les minutes s'égrennent, les pas se suivent, l'ancien couvent apparaît peu à peu. Devenu gîte, il a perdu de son cachet je trouve. Pourtant je ne pourrais pas, après ce que je viens de décrire, dire qu'il a perdu son essence... La nature intrinsèque des lieux transcende bel et bien les outrages du temps...

Au niveau du couvent, désormais hors de la forêt, la tour se dresse fièrement au sommet de son promontoire rocheux. La vue est saisissante. On croirait l'édifice planté comme un drapeau au sommet de ce pic abrupt. Par où l'aborder ? De là où je suis je ne vois qu'un vertigineux à pic. Dois-je suivre ce nouveau sentier que je vois s'enfoncer dans le maquis au pied du roc ? Certainement oui, d'autant qu'il me semble bien entendre des voix plus en avant. Je ne suis certainement pas seul à vouloir m'y rendre à la tour. Pourtant ces murmures sont discrets et je ne les entend déjà plus. Aurais-je rêvé ? Tant pis, allons-y gaiement, je ne vais pas m'arrêter au pied du but.

La route du maquis semble me mener à l'arrière de la falaise, et je suppose qu'une douce pente doit mener au sommet. Difficile de le confirmer alors, je vois surtout une nouvelle forêt qui occupe le versant qui apparaît alors. Le chemin commence à grimper, doucement d'abord, puis semble se scinder. A ma gauche un sentier un peu rocailleux certes, en ligne directe vers la tour, baigné de lumière, à découvert, en bref une sinécure ; à ma droite le chemin qui s'enfonce dans les ténèbres du bois aux branches et troncs tourmentés, à l'issue masquée... Qu'auriez-vous fait, vous, devant ce dilemme qui n'en semblait même pas être un tant la réponse semblait évidente ? J'ai bien entendu suivi la « jolie » route. Sauf que celle-ci très vite mène à un bien beau chemin de varappe... Une sinécure n'est-ce pas ? Surtout avec ta rotule défaillante et ton vertige... J'ai trop avancé pour rebroussé chemin, et surtout je n'envisage même pas alors que l'autre accès puisse me mener au même endroit. Allez, du courage mon vieux, c'est quand tu es seul que tu arrives à dépasser tes peurs, aujourd’hui ne dérogera pas à cette règle.

Je grimpe, lentement, je m'assure quant aux prises, j'ai peur de glisser et de buter encore sur ma rotule, plus que d'une chute en elle même. Il n'y a que quelques mètres à gravir mais je prend mille précautions. Plus d'une fois j'ai envie de céder à la panique, plus d'une fois je me ravise, me remémorant ma promesse de la cascade de l'Ucceluline d'arriver à vaincre ma panique... Et ce combat contre moi-même paie finalement. Je rejoins un sentier certes encore escarpé, mais cette fois praticable en marchant. J'appréhende cependant la descente, qui paradoxalement m'angoisse toujours plus que la montée dès lors que je dois grimper... Mais un problème à la fois, ne gâchons pas ma victoire sur moi-même.

A mesure que je progresse alors, je me remets à entendre les voix... et m'aperçois qu'elles viennent d'un couple qui monte tranquillement un sentier ma foi plus accessible qui finit par croiser le mien. Ceci me rassure doublement : je ne suis pas fou, et surtout, je pourrais probablement descendre de façon plus sereine. Ils sont encore loin, je décide d'aborder la tour sans les attendre, mon caractère sauvage revenant alors à la charge. Même ces derniers mètres relève du défi : l'accès aux installation du donjon perché se fait sur un plaque de schiste bien lisse. J'ai encore peu de la chute, aussi décidé-je de progresser encore lentement. D'autant que je suis désormais bordé de vide, et que, même si j'ai e parti vaincu mon appréhension quelques minutes plus tôt, je n'en reste néanmoins pas insensible au vertige...
Mais ce jeu en vaut la chandelle : au pied de la Tour de Sénèque, le monde vous est offert, les mers Ligures et Tyrrhéniennes, chacune de son côté, le reste du cap aussi. Ce n'est certes pas le sommet le plus haut des environs, mais être là, à l'endroit même où la main de l'Homme a dressé, au prix d'un travail probablement éreintant, un donjon pour servir de tour de guet, être là disais-je, relève de l'honneur d'être témoin privilégié de l'histoire. Les lieux, ou plutôt leurs âmes, sont immuables. Le poids du temps et de ses affres demeure à jamais.

Tandis que je vagabonde autour du petit promontoire, le couple me rejoint. Je les salue, et en profite pour leur demander s'ils viennent d'un accès « clément », en leur expliquant ma mésaventure. Il me confirment l'existence du sentier plus abordable, et rajoutent avoir été surpris de ne plus de voir au bout d'un certain temps. Et pour cause mes compagnons de balade... Après ces légères palabres mondaines, il est temps pour moi de redescendre. D'autant que des nuages commencent à s'amonceler sur les hauteurs alentours... En guise d'adieu, je dis aux deux autres marcheurs de ne pas trop s'attarder, que le temps est changeant ici dans le cap. Le chemin est abrupt, ne manquerait plus que les rochers soient rendues glissants et la descente s'en verrait bien périlleuse.

En parlant de descente, le chemin préconisé n'est finalement pas si aisé que cela : aurais-je encore omis une bifurcation ? Je finis au milieu du bosquet sans route bien définie, cerné de falaises proches de celles qui ont servi de support à ma varappe de montée. Je tourne, retourne et me résout à aller au plus court. Je sais approximativement vers où je dois me diriger, à force de me faufiler entre les troncs, je finirai bien par retomber sur mes pattes. Et fort heureusement, plus d'appréhensions que de réelles difficultés. Le sentier est rejoint, et avec lui la promesse d'un retour dorénavant paisible...
Je n'ai alors qu'à laisser mes pieds me guider, l'esprit a bien mérité ses vagabondages oniriques après avoir tant lutté contre ses démons pour arriver au but. Encore et toujours, et même plus que jamais, propice à la rêverie, avec toutes ces nouvelles images en tête, le chemin de la forêt est là, immuable, comme figé dans l'éternité. Il promet au voyageur égaré qui l'emprunte de bien bons moments avec cette quiétude propre à l'écoute de son cœur, d'habitude parasité par le quotidien et ses obligations. Loin de tout cela, c'est là que l'on peut se ressourcer, c'est là que l'on revient au fondement même de son être, c'est là que l'on renoue avec l’essentiel.

C'est là que l'on comprend le pourquoi des choses, du moment que l'on veut bien écouter la voix de son silence intérieur...
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Les promenades du rêveur solitaire - De retour aux chapelles Saint André de Biguglia et Sainte Marie de Furiani avec les beaux jours, en avril 2013


Exceptionnellement je ne traiterai pas ici d'une escapade unique, mais cette fois-ci de deux excursions effectuées à quelques jours d'intervalle. Pourquoi ? Simplement car elles constituent de nouvelles visites en des lieux déjà bien répertoriés par mes soins. Pourquoi alors y retourner, et surtout écrire de nouveau à leur sujet ? Manques-tu déjà d'inspiration, toi qui prétendait marcher dorénavant sans relâche quand l'occasion se présenterait à toi ? Non. Loin s'en faut. Simplement je veux mettre en exergue l'évolution des lieux au fil des saisons. J'ai débuté la marche en automne, j'ai beaucoup pérégriné en hiver, alors que la nature dors toute paisible. Je veux voir ce qu'il advient d'elle quand au printemps elle se ranime, quand la mort cède la place à la résurrection. C'était Pâques il y a peu, je dois en fait me rattacher aux symboliques de l'air du temps, un peu à la manière de ma virée siscaise de la Toussaint, Au moins donné-je un sens à ma marche.

Les différences sont bel et bien là, entre la nature aux couleurs un peu ternes de l'hiver, toute de vert sombre et d'un camaïeu de marrons allant du chaud au froid, et ce qui s'offre à moi quand je retourne vers les deux lieux saints. Des fleurs, beaucoup de fleurs. Les violettes à mes pieds, toutes basses et discrètes malgré leur robe qui tranche nettement avec la verdure des bas-côté où elles croissent, leur voisins les cyclamens, dont j'aurais juré situer la floraison en automne et non au printemps... Les bourraches au fleurs bleu pétant se distinguent ces derniers temps. Il faut dire qu'elles forme de vastes massifs velus. Les anémones du haut, si l'on puis dire, de leur petite tiges chétives leur font concurrence en terme de densité de population.Au dessus de ces herbes basses, comme veillant sur elles, les genêts et autres cytises étendent leurs rameaux aux nombreuses fleurs jaunes. Les bruyères et leur petites cloches blanches ou rosées sont toujours un peu à l'écart : elles se la jouent bande à part, à former des massifs impénétrables à cause de leurs tronc ligneux qui se dressent en murs végétaux imprenables. Un cas un peu à part est celui des asphodèles : ces touffes de feuilles qui poussent à ras du sol décident au retour de la belle saison de taquiner le ciel en émettant leur hampe florale. D'abord unique, aux faux airs d'asperge, leur proche parent, elle fini par se diviser en une infinité de petites fleurs blanchâtres, à hauteur d'homme le plus souvent.

Au-delà de l'aspect purement visuel, dont toutes les pages du mondes ne suffiraient pas à décrire l'infinité de leurs variations, je suis également frappé par l'odeur de la vie qui reprend en ces lieux. Tout l'hiver, nulle senteur particulière pour marquer l'esprit. Au mieux ai-je du froisser moi-même les végétaux croisés pour en sentir les effluves, bien souvent pour être sûr de leur identification. Mais là, au contraire, c'est un festival d'arômes qui flattent les narines. Difficile à décrire d'ailleurs, tant les notes se mêlent, se distinguent, s'estompent et reviennent tout à la fois, au gré de l'avancée, au gré de la bise, au gré de l'attention que je leur prête... C'est doux comme parfum, çà sent bon. Ce n'est pas une odeur d'herbe fraîchement coupée. C'est plus subtil, plus odorant. C'est un mélange de ciste, de myrte, des milles fleurs qui m'entourent. C'est aussi ces notes plus fortes de nepita, de menthe parfois. C'est surtout ces notes indéfinissables de végétaux. Impossible à décrire simplement, c'est un pot pourri de tout ce qui m'entoure. C'est enfin cette odeur de terre humide et d'eau, qui rappelle qu'il y a encore peu le temps était bien pluvieux... C'était un mal nécessaire, apparemment, à la luxuriance présente.

L'olfaction a pris une place toute importante sur la montée vers Saint André : le sentier est encore plus étroit que lors de mes premières visites. Au contact même des végétaux, leurs odeurs vous assaillent comme un ultime moyen de défense ou d'implorer la clémence de cet intrus qui brusque leur réveil au sortir de l'hiver... Le contact devient instrument de l'odorat, volontairement ou pas. J'aime vraiment froisser entre mes doigts les feuilles des plantes les plus riches en arômes. J'aime sentir sur ma peau ces senteurs puissantes se libérer sous l'action de la légère pression. C'est presque métaphorique ce claquement de doigt libérateur à l'origine de tant de choses. Presque magique. Et qui plus est, de bon matin avec ce soleil naissant dont la luminosité rasante découpe nettement leurs silhouettes et en accentue les moindres formes. Cette fois, nulle ombre de la montagne qui les porte, nul nuage pour ternir l'éclairage. Une mise en scène naturelle qui sait rehausser savamment leur beauté propre sans la trahir par un excès d'enluminures malvenues.

L'ouïe n'est pas en reste. Outre le gazouillis des oiseaux qui, au-delà du fait qu'on n'imaginerait pas la nature sans, devient très vite imperceptible à mesure que l'oreille s'y habitue, c'est surtout le bruit de l'eau vive qui marque. Les ruisseaux sont souvent bien cachés par la végétation qui a bien eu le temps de croître avec les premiers rayons du soleil et l'arrosage naturel des giboulées. Et pourtant on n'entend qu'eux. Et de loin. Si bien qu'on se surprendrait presque à les rechercher avec avidité. Mais nul besoin de de presser dans ce but : gonflés par les mêmes précipitations qui ont été salutaires aux plantes, les cours d'eau sont eux-même bien gonflés et donnent parfois même l'impression de petit torrents furieux, alors que tantôt il n'étaient que filets fluets au cœur de l'hiver. Et çà y va de la symphonie joyeuse et bien rythmée de l'onde qui descend vers la mer. C'est enjoué, alors que la croyance populaire prête des vertus apaisante aux bruits d'eau. C'est bien une musique à la gloire de la vie qui se joue, une mélodie qui appelle à la renaissance de la nature, qui d'ailleurs ne demande que çà...

Seul le goût manquera à cette liste des sens excités par cette redécouverte d'endroits devenus familiers. Pas encore de fruits mûrs, pas de champignons cette fois. Aurais-je pu tenter la cueillette de l'ail des ours qui commence à proliférer ? Comme son cousin de culture point trop n'en faut, inutile donc de piller les gisements sauvages pour un condiment à employer avec parcimonie... Les arbousiers, quant à eux, montrent les prémices de leurs futurs fruits à maturité cet hiver. C'est donc une promesse qui m'est faite, moi et mon penchant tout particulier pour ce petit fruit pourtant bien anodin... les goûts et les couleurs, n'est-ce pas ?

Voilà pour la redécouverte des deux sentiers des chapelles. Preuve s'il se devait d'en apporter une qu'on ne doit pas jurer connaître un endroit après une simple visite. La nature évolue au gré du temps, au fil des saisons. Elle se magnifie, explose de couleurs, de bruits, d'arômes et de saveurs, elle s'apaise alors, comme une jeune fille après la frénésie de la fête. Et elle s'endort, profondément, elle semble presque morte tant le sommeil s'avère lourd. Mais ce n'est que pour se réveiller toujours plus fraîche pour la fête du lendemain...
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La merendella aux mines de Farinole, en avril 2013



Vieille tradition insulaire oblige, il convient de fêter le lundi de Pâques en allant pique-niquer dans la nature. Problème : la météo n'est pas des plus réjouissantes, et il faut trouver un lieu qui ne demande pas un effort de marche trop important pour que tous les convives en profitent sans en souffrir. Il faut donc concilier un lieu propice au déjeuner champêtre, pas trop loin mais pas trop près non plus de la civilisation pour ne pas le voir pris d'assaut, si possible offrant un abris pour une ondée probable... Casse-tête résolu par ma proposition de passer notre « merendella » (comprendre le pique-nique pascal) aux mines de Farinole. Trajet court, peu de dénivelé, esplanade naturelle devant la seconde ouverture, qui peut d'ailleurs faire honorablement office d'abris face aux caprices du ciel. Je suis convaincu que l'idée est bonne, et mes compère du jours l'acceptent aussi. Paradoxalement, ceci me met dans une situation presque inconfortable, dans le sens où je me sens personnellement responsable du bon déroulement de la sortie, y compris de la météo. En y repensant, c'est incroyablement présomptueux, mais çà montre bien que la décision n'a pas été prise à la légère.

Qui plus est, nous aurons là-bas une petite attraction, en la présence des mines à explorer si le cœur leur en dit. C'est peut-être un peu par égoïsme finalement que j'ai voulu y revenir... Peut-être bien, de ce point de vue, mais je reste intimement convaincu du bien-fondé du choix vis à vis de la possibilité de précipitations pour nos gâcher la fête... Nous convenons d'un point de réunion pour notre départ commun. Nous ne serons que quatre après tout, nul besoin de se compliquer la vie à partir chacun de son côté pour finalement se rendre au même point. Et qui plus est, j'ai la tâche d'être le guide, donc autant avoir mon groupe réuni d'emblée.

De bonne heure ce matin-là, le ciel me semble ma foi bien dégagé. J'ai ce doux espoir de voir une nouvelle fois les prévisions météorologiques se tromper quant au cours de la journée. Pourtant, à mesure que l'heure du rendez-vous s’approche, le ciel se charge lentement mais sûrement. Je désespère, j'enrage, je maudis ces coups du sort qui s'opposent à ma volonté, un peu comme un enfant qui se voit refuser ses caprices aussi extravagants soient-ils... Mais au fond de moi, je veux encore y croire, nous nous rendons sur l'autre versant de l'île, et de chez moi le ciel me semble encore bleu de par là-bas. Advienne que pourra, je ne veux pas décevoir mes amis de suite avec un défection de dernière minute fondée sur des supputations.

Nous nous retrouvons, l'heure fatidique est arrivée. Et avec elle la grisaille, épaisse, à perte de vue, mais pas vraiment menaçante. J'ai appris à avoir l’œil quant aux nuages réellement menaçants à force de me promener et de défier le sort. Après tout n'ai-je pas toujours eu une chance insolente face aux éléments qui se déchaînent généralement peu après mon départ à la fin de la balade ? J'ai peur pour le bon déroulement de l'excursion prévue, c'est certainement mon côté perfectionniste qui s'exprime. Mais surtout, je ne veux pas décevoir qui consent à partager ces moments privilégiés loin du tumulte quotidien. Je veux montrer ces sorties en pleine nature sous leur meilleur jour, je veux qu'on comprenne pourquoi elles me sont si chères.

A mesure que notre route qui mène au hameau de Braccolacia avance, à mesure que nous nous élevons par delà le col de Teghime, le ciel se dévoile un peu. Le golfe de Saint Florent se dévoile à notre vue comme un petit joyau, étincelant des mille feux conférés par l'astre solaire au milieu du duvet épais et morne qui ceins le ciel de toute part. Aurons-nous de la chance ? Je me plaît à le croire. Et j'en suis ravi. D'autant plus qu'il est toujours agréable de passer du temps avec ses amis, petite cerise sur le délicieux gâteau promis par ce beau soleil.

Nous sommes fins prêts à entamer la courte ascension vers les mines. J'ai un peu menti, je l'avoue, sur la durée de la marche et le dénivelé, rendant la difficulté moindre dans ma description pour attiser l'attrait de la balade. Mais je suis tout le long du parcours agréablement surpris par la façon dont mes camarades perçoivent le trajet : nulle plainte sur le léger dénivelé, ni sur la durée légèrement supérieure à ce que j'avais laissé filtrer. Au contraire une bonne humeur très sympathique, et même beaucoup d'intérêt pour mes cours improvisés de botanique. Je crois être en train de rêver tant on témoigne de l'intérêt pour ce que je peux apporter, je ne croyais pas pouvoir autant captiver les foules par mon discours. Je me veux pratique dans ce que je déblatère, je veux rajouter pour chaque espèce la petite anecdote, la précision qui va bien pour fixer dans la mémoire de mon auditoire le souvenir de mes propos.

Je parle tellement, contrairement à mes habitudes, que j'en oublie presque le parcours : nous sommes déjà devant l'entrée de la première galerie alors même que nous semblons être à peine partis en chemin... Et je pense que c'est un sentiment partagé à cet instant. On propose l'exploration d'emblée, je préfère expliquer qu'il vaut mieux parcourir les derniers mètres qui nous séparent de la deuxième mine, ainsi pourrons-nous poser nos sacs à dos, vérifier que le lieu n'est pas déjà pris, et accessoirement nous reposer quelques instants. Je ne veux brusquer personne, je pense même que j'en fait un peu trop d'ailleurs. Mes compagnons sont en fait demandeurs, et c'est moi qui en suis presque trop timoré.

Mes craintes sont fondées : le petite esplanade devant la deuxième galerie est occupée... par un troupeau de chèvres. Il est amusant de voir ce petit détail constituer une anecdote supplémentaire à raconter pour nous autres, pauvres citadins. Il n'empêche que nous les faisons fuir pour avoir l'usufruit du lieu. Je fais à mes amis le tour du propriétaire de l'endroit : la petite maison en ruine, le muret qui limite un peu l'accès à l'entrée. Cette entrée d'ailleurs, divisée en deux par sa colonne naturelle, son sol jonché de gravats jusqu'au fond de la courte galerie où nous nous aventurons comme en prémices de la future exploration de la mine en contrebas. Et ce contraste clair-obscur saisissant, quand du fond de la caverne artificielle vous regardez la double sortie nimbée de lumière, telle un regard fantomatique qui vous sonderait l'âme tout en vous invitant à le suivre instinctivement.

Il est temps pour nous d'attaquer le morceau de bravoure de la balade, le moment que nous attendions en fait tous tacitement, en l'exploration de la première mine. Délestés de nos sacs par souci de légèreté, armés de nos lampes torches, nous voilà fins prêts pour notre exploration. Accompagné, mes craintes de la première exploration ne me traversent même plus l'esprit. Nous pénétrons le royaume des ténèbres sans trop de soucis, effet de groupe aidant, et bonne humeur avec boutades et petits amusements parachevant le travail. Nous pénétrons le galerie dont le fond échappait au faisceau de ma lampe la première fois, ce qui avait conduit votre serviteur à ne pas se risquer plus loin. Je ne me souvenais pas de son étroitesse : nous sommes obligés d'y progresser en file indienne sans pouvoir réellement changer notre ordre de marche de par la largeur réduite et la hauteur plus que limitée. Les deux amis masculins qui m'accompagne en ce jour ouvrent les festivités, notre demoiselle les suit, et quant à moi je ferme la marche. Je ne sais pas le moins du monde où mène la galerie, si nous aurons un dédale interminable devant nous où juste une impasse imminente.

Un accord passé à l'entrée nous avait bien interdit toute excentricité au sein de la galerie, comme pour tenter de se prémunir au mieux d'un coup du sort qui nous aurait fait finir enterrés dans ces galeries dont nul ne sait au juste si leurs parois sont suffisamment solides. Nous bravons l'interdit explicite du panneau à son entrée, nous ne voudrions pas forcer le sort par une éventuelle sottise commise au cœur des entrailles de la montagne. Malgré cela, ce qui se doit d'arriver quand un groupe relativement jeune se réuni et se voit affublé d'une règle à ne pas transgresser s'est produit : au milieu de la galerie, des cris devant la panique s'installe, la galerie étroite nous coupe toute retraite si l'un des membre ne réagit pas à temps. Et c'est moi qui doit réagir. Je dois dire que je ne sais pas face à quoi, je n'ai rien compris aux paroles des éclaireurs que je vois seulement revenir vite en notre direction avec des éclats de voix pu audibles dans cet espace restreint où les sons résonnent en une odieuse cacophonie. Il faut que je fasse ce qui me semble le plus efficace en cette situation confuse, je dois libérer la route pour permettre à mes camarades de se mettre à l'abri.

Je cours quelques mètres avant de m'apercevoir que j'ai été dupé : nul agresseur en avant, seulement des éclats de rire des deux hommes, et notre amie un peu hébétée par leur tromperie. Je suis passé pour un couard, nul moyen de leur faire comprendre la démarche intellectuelle à la base de ma réaction. Ou plutôt n'ont-ils que l'intérêt de nous avoir joué un bon tour. Bien vu les gars, j'avoue que vous m'avez eu. Mais l'heure n'est pas (seulement) aux petites moqueries et autres ricanements. Il est temps de progresser plus loin dans la mine.

Un courant d'air se fait sentir depuis que nous avons pénétré sous terre. Quoiqu'un peu déroutant au début, il va sans dire que cela signe la présence d'une autre sortie à ciel ouvert. Pourtant, où peut donc bien se situer celle-ci alors que l'obscurité est complète ? La réponse ne se fait pas prier longtemps : au bout du couloir rectiligne et étroit que nous suivons, nous voilà avec une légère ouverture à hauteur des yeux. Un regard rapide nous amène à la conclusion simple que c'est en fait la deuxième entrée à moitié remblayée qui est juste derrière. Et celle-ci marquera d'ailleurs la fin de l'exploration, deux autres prémices de galeries étant noyées par une eau d'une limpidité troublante, si je puis dire, tant même les faisceaux lumineux de nos torches ont du mal à nous montrer clairement la limite air-eau. Cette constatation faite, nous revenons sur nos pas pour revenir au jour.

Le temps n'est plus aussi beau qu'à notre arrivée. Le soleil est voilé, et son voile semble devenir le linceul épais du beau temps convoité pour notre pique-nique pascal. De retour à l'entrée de la caverne, nous commençons à planifier notre installation temporaire en ces lieux. Notre plus jeune compère insiste pour que nous fassions un petit feu sous le porche rocheux de l'entrée. Nous sommes d'abord sceptiques, n'ayant rien de spécial à cuire. Pourtant il insiste, réunis du bois, les pierres qui constitueront le foyer, et entame leur mise en place. Très vite tout le monde l'aide, en cherchant plus de bois, en le brisant, où en amenant des touffes d'herbe sèche pour faire prendre le brasier. Nos efforts finalement collectifs se voient récompensés quand notre feu commence à prendre comme il se doit. Sont-ce là les réminiscences de nos instincts primaires où juste un besoin bien moderne de confort en toute circonstance ? Pourtant nous sommes bien devant ce brasier, à écouter ce doux crépitement du bois qui se consume, parfois un peu enfumés au gré des bourrasques de vent, mais la plupart du temps doucement réchauffé et réconforté par la danse langoureuse des flammes.

Ce foyer nous a alors bien fasciné, voire obsédé : l'alimenter, comme notre enfant, en était presque compulsif. Plusieurs fois nous sommes partis en quête de bois sec qui nous permettrait de prolonger le plaisir. Qu'importe l'effort consenti pour ramener ces lourdes branches en haut du terrain pentu, qu'importe les petites éraflures et autres échardes au doigts, qu'importe ce temps passé à devoir le débiter uniquement à coup de pied, faute d'outils, qu'importe tout çà, pourvu que notre flamme brûle le temps de notre présence.

Autour du brasier nous improvisons deux bancs avec des pierres du muret et deux vielles planches non loin de la ruine. Deux autres pierres plates en guise de table, et nous voilà fins prêts à déjeuner ensemble. Tout le monde a mis la main à la pâte pour préparer un petit quelque chose à partager, et tout le monde partage volontiers d'ailleurs. Notre repas tout simple de prime abord devient digne des plus grandes tablées aux vues de la récompense que nos efforts se voient attribué. Qu'il est doux de partager un peu de chaleur humaine autour d'un feux improvisé, loin de tout et pourtant faisant face à ce panorama infini de mer et de collines et montagnes tout autour. Le temps  semble nous avoir donné un peu de répit, au cours duquel la météo incertaine a su se faire oublier, ainsi que le reste de nos existences et leurs vicissitudes... On rêverait presque de simplement réunir plus de pierres pour achever le mur, clore l'entrée la caverne et y couler des jours heureux... Mais la réalité est là. Il va bien falloir quitter ce cocon improvisé le temps d'une incartade éphémère dans le cours de nos vies. Le dernier tison se consume lentement, il sera la marque de notre départ, nous ne sommes pas si pressés en fait...

Toutes les bonnes choses ont une fin, c'est immuable mais pas triste au fond : l'espoir d'en vivre d'encore meilleurs plus tard est ce qui permet  de laisser ces souvenirs derrière pour trouver la force de progresser toujours.
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