Le match - ma première "exposition" virtuelle


Vous le savez, vous qui suivez mon blog, occasionnellement j'ai l'outrecuidance de mettre en ligne mes "oeuvres" comme je les appelle. Ces griffonnages à la palette graphique sous GIMP me permettent d'exprimer ma créativité latente par d'autre biais que les simples mots envoyés à l'occasion sur la toile.

J'ai dernièrement axé l'essentiel de mon travail artistique (je me fais sourire en écrivant ce terme pompeux) sur des images en rapport avec la boxe, qui, vous n'êtres pas sans le savoir, est un centre d'intérêt majeur dans ma vie.

Ayant de quoi remplir ma galerie d'art virtuelle, je vous convie donc à mon vernissage pour cette exposition intitulée "Le match", en toute simplicité. Car oui, je suis de ceux qui croient dur comme fer que ce que l'on désigne par "art" se doit d'être simple. L'artiste doit expliquer son message, ne pas se le laisser dicter par des pseudo-connaisseurs qui ne sont capables que de tenir leurs stylos pour signer des chèques aux montants outrageux en se vantant d'être de fins experts. L'ART EST QUELQUE CHOSE DE PERSONNEL AU DEPART, BANDE D’IGNARES !!! De quel droit osez-vous prétendre mieux connaître le message de l'artiste que lui-même. discutez technique tant que vous voulez, mais laissez les explications au père de l'oeuvre...

Trêve de coups de gueule, je vous laisse admirer mon boulot...
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Les promenades du rêveur solitaire - "A spiscia di l'Onda" près de Venaco en janvier 2013



" Qui vit sans folie n'est pas aussi sage qu'il le croit ", disait à juste titre monsieur de La Rochefoucauld. Cette pompeuse entrée en matière pleine de souvenirs d'un gamin de sixième qui un beau jour a lu çà au fond de sa salle de français résume un peu le déroulement de ce qui m'amena à Venaco pour explorer la cascade de l'Onda.

A priori une journée de repos tout relatif avec des affaires personnelles plutôt sérieuses à régler au fin fond de la Corse. J'ai parfois honte de parler ainsi de l'intérieur de l'île, faute à une méconnaissance en grande partie volontaire d'un homme à qui la vision de la mer manque au bout d'une heure. Imaginez le supplice au centre de la Corse... Ce mea culpa précoce dans le récit est là pour bien faire comprendre que ma nouvelle vocation de marcheur a remis en question de nombreux dogmes de ma vie. L'intérieur et ses mystères cachés en font partie.

Je vous le disais sans arriver à canaliser mon propos, excitation fébrile qui suit l'acte, il n'y a qu'un fou pour envisager de régler des choses importantes, au frontière du costume-cravate pour l'impression donnée, et enchaîner de but en blanc une hypothétique randonnée sans même savoir laquelle entreprendre. Je vous parlais dans mes récit antérieurs de dépendance, je pense à présent ne pas avoir amplifié le propos. Ma vie privée ne regardant que moi, nous passerons bien entendu sur ce passage inintéressant de mon séjour éclair à Venaco. Tenue de ville troquée contre mes vieilles frusques de marche, chaussures habillées contre celles de marche, et serviette porte-documents contre sac à doc avec mon équipement. Prêt pour le départ.

Alors même que j'attendais mon rendez-vous, je scrutais les panneaux signalétiques indiquant les promenades que l'on pouvait entreprendre au départ du village. Les vieilles bergeries sont un peu trop loin pour rentrer sans risque d'être surpris par la nuit, le froid ou le mauvais temps, je vais donc tenter la « spiscia di l'Onda », d'autant plus que les cascades constituent des particularités naturelles qui me plaisent de par leur aspect souvent vertigineux.

Le sentier grimpe sec sur des vieilles marches de pierre rendues glissantes par les feuilles mortes et la pluie du jour d'avant. Je regrette de ne pas avoir porté mon bâton, je scruterai le chemin pour en trouver un de fortune pour assurer la descente. La végétation est toujours aussi luxuriante avec son beau vert luisant et le bruit de l'eau qui s'écoule dans cet espèce de petit caniveau qui longe l'escalier. Je ne tarde pas cependant à arriver à un premier sentier large et plus plat qui aboutit à deux citernes d'eau qui alimentent probablement le village en contrebas. L'air de rien, je suis déjà relativement haut et j'ai un beau panorama sur Venaco juste dessous ainsi que sur les autres hameaux environnants.

Le chemin relativement dégagé devient vite forêt. Et çà repart plutôt abruptement pour une séance de grimpe cette fois-ci sur une route rocailleuse. Les cuisses tirent, le souffle se raccourcit, mais je tiens bon, j'en ai déjà vu d'autres et ne me laisserai pas intimider par cette nouvelle région d'exploration. Ce qui me chagrine le plus, c'est la visibilité relativement faible qui caractérisent les sentiers forestiers : vous ne savez jamais précisément si vous en avez encore pour deux minutes à souffrir ou bien si le calvaire ne fait que débuter. En l’occurrence, ce n'était alors qu'un prélude. Mais je me rassure toujours en me disant que le retour n'en sera que plus aisé en descente... si je ne glisse pas. On est optimiste dans l'âme ou on ne l'est pas.

Deux-trois petites pauses plus tard, contrairement à mon habitude, je rallie les ruines de la « Casetta di Capuccini », indiquée sur l'itinéraire. Le chemin est encore long mais ce qui est fait n'est plus à faire. La route est encore pentue, mais s'adoucit parfois, se permettant même quelques descentes comme pour laisser prendre de l'élan pour les montées qui suivent. Les muscles sont chauds, çà va mieux de toute façon. En parlant de chaleur, je remarque qu'il fait étonnamment doux pour la saison et l'endroit. Les sommets proches sont blancs de neige mais je jurerai être au printemps malgré çà.

Un nouveau panneau indicateur montre le bout de son nez pour indiquer la route à suivre. Et avec lui le décor se transforme radicalement : exit la forêt, voilà qu'il faut longer le flanc presque nu du massif montagneux. Le soleil est là, j'en profiterais donc pour prendre des couleurs avant l'été. Plus sérieusement, la sensation de chaleur perçue alors oppose un contraste frappant avec la face nord enneigée que je vois juste en face de moi. Je continue de suivre le balisage orangé, je ne sais pas trop encore combien de temps. Ou plutôt si vu que j'ai lu le panneau de la balade au village. Mais je ne sais pas si je suis dans les temps ou pas. En plus, j'ai faim, il est plus de midi et je suis parti tôt ce matin. Je trouve parfois que je suis une vraie chochotte quand je me balade seul. Tant pis pour mon estomac, je veux atteindre la cascade, et là je me restaurerai. J'ai l'impression d'entendre la rumeur lointaine de l'eau qui s'écoule. Je ne sais pas encore si c'est un tour que mon esprit et l'écho me jouent, je suis en tout cas remotivé pour poursuivre.

Je rejoins finalement une forêt de châtaigniers mis à nu par le froid. Il est étonnant de voir que leurs châtaignes sont encore pour beaucoup dans les bogues ou à même le sol. En règle générale, les sangliers en font leur festin bien avant les hommes. Suis-je donc si loin de tout que même les bêtes ne s'aventurent pas là ? Pourtant je domine encore Venaco, je sais que je suis relativement loin, mais bon... Oh, tiens un bâton à l'apparence robuste. En châtaignier qui plus est. Tu vas m'être utile...

Mon équipement au complet, je finis enfin par rejoindre mon but. Ou plutôt par rejoindre l'observatoire de mon but. Car non, la cascade ne se dresse pas directement devant moi, je dois être à plusieurs centaines de mètres d'elle avec cette vallée entre nous. Pourtant, même à cette distance, la vision vaut largement l'effort consenti. La montagne en face, où s'écoule furieuse la chute d'eau, avec ses tas de neige pas encore fondue et ses arbres immenses, contraste splendidement avec la roche nue en majorité, mais couverte de-ci de-là du velours de camaïeu de tous les verts possibles des mousses qui profitent de l'humidité pour croître. De petit plants de thym herba-barona rajoutent à la jolie sobriété de l'ensemble. J'adore cette plante. Au delà de l'endémisme de l'espèce, elle dégage en arôme extraordinaire quand on froisse ses feuilles. Celui-ci est très différent de celui du thym traditionnel, mais très aromatique.

En contrebas de mon point d'arrivée, je me trouve un petit promontoire rocheux pour poser un instant mes affaires et enfin déjeuner. A ce moment, c'est plus pour le privilège de prendre un peu de repos, seul au milieu de ce lieu si merveilleux, qui m'importe. Qui peut se vanter de manger en face d'une cascade qui coule d'une montagne enneigée, assis sur un tapis de mousse et d’aromates, en lézardant sous les rayons chaud du soleil à peine voilé du milieu de l'hiver ? Je veux me sentir privilégié quand je pars seul, je crois que la Nature l'a bien compris. Cet égoïsme me donne souvent la force de me dépasser, quand bien même je ne tenterai même pas de forcer le destin une fois accompagné, tant pour moi que pour le bien-être de mes compagnons de route. En fait, l'égoïsme est alors pour moi le moyen le plus sûr d'atteindre le degré maximal de liberté auquel je peux prétendre. Nulles contraintes que celles que je choisis d'accepter du moment que les éléments ne s'en mêlent pas.

Repu et sortant doucement de ma pensive nonchalance dans laquelle j'avais sombré pendant le repas avalé sur le pouce, je me décide à quitter ce nouveau sanctuaire de paix de l'esprit. La liberté n'a certainement pas de prix comme on veut bien nous le faire croire, mais elle n'a de valeur que si l'on accepte de s'en séparer le temps de pouvoir encore l'apprécier comme elle le mérite quand l'occasion s'en représentera. Le soleil se voile et s'approche de la limite de la crête d'en face. Je n'ai pas envie de souffrir du froid bien qu'il soit encore très tôt dans la journée. Gâcher le souvenir de ce moment de bien-être simple pour de basses raisons futiles me serait insupportable. Les meilleures choses ont une fin, c'est la règle immuable qui régit notre condition d'êtres humains. Pourtant cette fin est ce qui leur donne leur exquise saveur et nous pousse à continuer à lutter contre le quotidien pour de nouveau s'en montrer digne.

Je m'en retourne tranquillement, même trajet, mêmes lieux traversés. Je suis content de ce petit coup de folie qui me sied si peu en temps normal. J'aurai laissé filer une opportunité extraordinaire sans lui. L'intérieur de l'île ne fait que se dévoiler subrepticement, le meilleur reste à venir si loin de la mer... C'est ce que je pense. C'est dingue, non ?
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Les environs de Vescovato - janvier 2013


J'en ai marre de ces conditions météorologiques aléatoires qui vous font scruter les bulletins fébrilement en attente du verdict quant à la possibilité de sortir ou non... Effet adverse de l'hiver, j'en suis pour l'heure réduit à çà. Arriverais-je à transcrire la déception ressentie à l'annonce d'une météo minable avec nuages et pluie ? Autant imaginer ce qu'un enfant à qui l'on enlève son jouet préféré éprouve à ce moment. C'est puéril mais c'est le cas. L'imprévisible ne me sied guère, surtout s'il s'oppose à moi.
Surtout quand je ne dois pas sortir seul. Autant pour ma part je me satisfais facilement d'un temps très moyen, limite mauvais, autant je sais que tout un chacun avec un minimum de discernement rebroussera chemin dès que le soleil jouera à cache-cache. Finalement, j'apprécie à peu près autant les balades solitaires que les randonnées à plusieurs. Donc je me soucie de mes compagnons de marche, et surtout je voudrais éviter de les mettre dans l'embarras d'un ondée impromptue ou d'engelures. Le changement de mon attitude c'est maintenant ? Mais le ciel soit loué, aujourd'hui le firmament est d'un bleu azuréen intense. Mon camarade de l'occasion et moi-même pouvons donc nous lancer sans craintes dans cette aventure planifiée sous réserve de la clémence des éléments.

A priori rien de bien folichon au menu : nous irons à Vescovato et tenterons de trouver un sentier praticable qui étanchera notre soif de nature. Nous avons çà en commun, cet attrait simple et sans fioritures pour la marche. Nul besoin de panoramas vraiment extraordinaires ou de lieux grandioses, l'activité physique au milieu de nulle part est déjà appréciable dans nos esprits. Bien entendu, un but à atteindre ou des singularités à voir ne nous laisseront pas indifférents... Et puis c'est déjà pas mal de trouver un créneau pour se retrouver avec nos vies respectives.

Rendez-vous à 9 heures sur la place de Vescovato. Le soleil est levé depuis quelques temps déjà. Il fait beau disais-je juste avant, très beau pour une fin janvier. Mais il fait frais. Non, il fait froid. Çà va devenir une habitude pour nous de provoquer la chute du mercure lors de nos entrevues pédestres. Mais bon, la Nature ne nous a pas fait rebrousser chemin la première fois, elle n'y arrivera normalement pas plus aujourd'hui. Nous sommes parés et bien emmitouflés. Pas besoin de verbaliser la question sur notre motivation à partir, nous nous mettons en route de bon pied presque sans concertation dès que nous nous retrouvons.

Nous nous engageons bientôt sur un sentier qui, aux dires de mon ami, devrait nous mener vers le village de Loreto di Casinca. D'emblée en forêt à suivre un ruisseau gonflé sûrement par la neige des jours précédents, le départ s'annonce sous les meilleurs auspices. La terre du sol est tantôt lourde et boueuse, tantôt givrée, mais rien d'insurmontable pour nous. A défaut d'être d'authentiques baroudeurs forestiers, nous savons nous adapter à de telles situations. Cependant, bien vite, les ronces envahissent le sentiers, qui de fait nous semble de moins en moins entretenu. Peut-être juste un petit accroc, qui sait, d'ici à quelques mètres çà ira mieux ? Nous sautons d'un bord à l'autre du ruisseau pour forcer le chemin. Nous insistons, on pourrait presque saluer cet entêtement soit dit en passant. Pourtant, nous sommes vite contraints de revenir sur nos pas : à nos pieds les ronces grouillent en un tapis épais et imprenable. Tant pis. Et même tant mieux en un sens : nous n'avons marché qu'un petit quart d'heure, il aurait été plus fâcheux de continuer plus pour se retrouver à devoir annuler complètement la sortie faute de temps.

Retour à Vescovato. Pas glorieux pour l'instant. Nous réfléchissions pour l'heure sur une nouvelle poste à suivre. La Casinca en regorge, on devrait trouver facilement. Et d'ailleurs, un simple coup d’œil juste à notre gauche nous dévoile les prémices d'un autre sentier, beaucoup plus joli de prime abord que le premier en plus. Rien à perdre, nous nous y engageons gaillardement, avec pour ma part tout de même la petite arrière-pensée d'avoir un peu plus de chance. Les alentours me plaisent, mais les micro-balades ne me satisfont que dans une certaine mesure.

Mon compère semble avoir une idée de la destination de notre nouvelle route : elle devrait rejoindre une crête qui relie les différents hameaux de la région entre eux. Je veux rapidement y croire : la route grimpe vite depuis cette forêt, en apparence dense, vers ce qui à ce niveau semble être le flanc d'une colline bordant le village de Vescovato. Grimpons donc puisque nous y sommes invités.
La pente est rude mine de rien. Sans aller jusqu'à dire que l'ascension est verticale, le sentier est pour le moins raide par moment, au point de nous essouffler parfois. Avouons que nous passons notre temps à bavarder comme deux commères de tout et de rien. Çà n'aide pas à retrouver son souffle le moment venu. Et en plus, dorénavant exposés à la pleine puissance des rayons du soleil d'hiver, nous avons vite chaud et allons jusqu'à quitter nos vestes auparavant si confortables. Nous sommes loin du hameau, il fait doux et beau, la nature nous offre pléthore de ses essences, nous sommes vernis par le sort.

J'ai l'occasion de lui faire part de mes connaissances botaniques. Je sais qu'il semble présomptueux à chaque occasion de les mettre en avant, mais l'on brille comme on peut... Et d'ailleurs j'ai l'intime conviction qu'il est bon public, le bougre est loin d'être idiot, et qui plus est il semble presque intéressé par ce que je lui raconte. Je me limite cependant à des informations « utiles », le but n'est pas de provoquer l'ennui de mon auditoire.

Ces interludes didactiques entrecoupent agréablement notre ascension dans le sens où nous en profitions pour souffler pour quelques instants à chaque fois. Le sommet est d'ailleurs vite en vue, l'altitude n'étant pas très importante. Ceci nous encourage alors à prendre un repos un peu plus long au pied de la crête pour nous désaltérer un peu par cette chaleur toute relative. Cette fois-ci c'est son tour de me faire profiter de son savoir sur la région : il me situe les hameaux, les sommets visibles, le tout agrémenté de petites anecdotes les concernant. Ces échanges d'informations sont plaisants : pas de hiérarchie, un partage gratuit dans le seul but de faire profiter autrui de ce que l'on a cumulé comme savoir.

Au sommet nous observons les panneaux indicateurs qui marquent les accès aux différents lieux que l'on peut rallier d'ici. Notre but est en fait atteint, mais nous prolongeons le plaisir quelques instants sur la route d'Olmo. Rien de très particulier si ce n'est cette « aghja » (aire de battage) isolée sur la crête, qui nous pousse à nous interroger sur ce qui pouvait bien y être battu, et surtout pourquoi si loin des hameaux. Mais i est temps de rentrer, l'appétit va bientôt commencer à se faire sentir.

Notre lieu de pause prolongée de tantôt est alors occupé par deux femmes, elles aussi à la recherche d'une boucle pour rallier Vescovato. Elles disent nous avoir aperçu la haut et nous demandent si nous pouvons les renseigner. Nous sommes contraints de leur avouer notre ignorance quant à une éventuelle boucle directe, mais les assurons qu'il est toujours possible de retourner au village à partir des autres hameaux. Ou l'art d'enfoncer des portes ouvertes. Soit, mais au moins avons-nous essayé d'aider. Nous les laissons donc finir leur en-cas de midi et poursuivons notre route pour rentrer à Vescovato.

Nous suivons le même sentier qui nous a amené ici. Pourtant, un moment d'inattention nous fait le quitter vers sa fin pour nous engager vers l'inconnu. Nous ne reconnaissons plus l'environnement, mais nous ne sommes pas en mesure de dire quand nous nous sommes égarés. Le marquage coloré existe encore, et Vescovato est toujours en vue, nous continuons donc : au pire rallierons-nous la route et la reprendra-t-ton vers le village. Et puis il fait faim, plus envie de réfléchir.

Nous tombons fort heureusement sur ce qui semble être une petite table basse en pierres avec ses bancs tout aussi minéraux. Invités au repas par la nature elle-même, nous ne nous faisons pas trop prier. Non pas que la faim soit atroce, d'ailleurs nous restons parcimonieux quand à notre déjeuner, mais une deuxième halte nous est salutaire pour nous réchauffer à la chaleur ds rayons du soleil de ce début d'après-midi. Revigorés par le repas, nous terminons lentement notre descente vers Vescovato. Car oui, nous avons finalement bien fini au village. Non pas par notre point de départ, mais qu'importe ? Ceci nous a même valu le luxe d'emprunter un pont génois où la route, dite « stradda vecchja » nous ramène vers la place ou nous stationnons. Pour l'anecdote, mon camarade a même trouvé une ancienne gâchette de fusil rouillé sur cette route. Le souvenir est certainement bien chiche, mais la probabilité d'une telle découverte fait tout son charme.

Nous terminons notre exploration de Vescovato par un petit café bu dans un des bars de la place, autant pour se réchauffer que pour prolonger encore un peu cette après-midi très sympathique.
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Les promenades du rêveur solitaire - De la Serra di Pigno aux glacières de cardo pui à la Petra Ellerata en janvier 2013



La météo m'a trahi ce week-end, la pluie, l'orage et même la neige à basse altitude étaient annoncés, me coupant de fait toute possibilité de sortie en pleine nature. J'ai profité un peu plus de ma famille et de mes amis, que mes escapades me font un eu trop délaisser, là n'est pas le problème. Mais mon principale regret vient du fait que le temps s'est avéré être plus clément que prévu, pas une seule goutte de pluie pour gâcher le repos d'après la semaine, des températures certes plus fraîches que les jours précédents, mais nous sommes au cœur de l'hiver que diable !

Je dois réparer cette digression dans ma nouvelle hygiène de vie de vagabond volontaire. Nous sommes en plein milieu de semaine, je suis en repos aujourd'hui, le temps est encore annoncé à l'averse en fin de journée, mais cette fois je n'en ai cure : comme un saint Thomas moderne, je ne crois que ce que je vois de mes yeux, à savoir un ciel plutôt dégagé avec un voile nuageux haut qui n'augure en rien un déluge. Je me suis fais avoir les jours précédents, cette fois sera un nouveau coup de poker de ma part pour tenter une balade sans me mouiller le moins du monde.

Oui mais où ? Ce n'est pas la première fois que je dois improviser, mais les lieux proches à visiter deviennent de plus en plus rares, c'est le problème dorénavant récurrent de mon organisation. D'autant que je n'aurais que quelques heures à y consacrer, mon après-midi est libre, ma matinée non. Je me rappelle vaguement un circuit qui va du Pignu à la « Petra Ellerata » (traduire par « Pierre enlierrée »). Je retrouve sa description : 3 heures de marche annoncées pour l'aller-retour, c'est dans mes cordes au niveau du temps. Le départ du Pignu ? Ce n'est pas trop loin, c'est parfait. On passe par les glacières de Cardo ? C'est Byzance dans le sens où j'aurais deux objectifs à atteindre en une seule fois. Rapidement convaincu par ces arguments, je me décide donc.

Je pars juste après le déjeuner, ce n'est pas que la Serra di Pignu soit loin comme je le disais, mais je ne l'ai encore jamais rejoint, au mieux suis-je seulement passé devant la bifurcation de la route qui y mène par la route de Saint Florent... Comme toujours, si je dois me perdre, autant que j'ai le temps de me retourner. L'air de rien, il faut monter à presque 1000 mètres pour partir. Çà se ressent au niveau de la température ambiante qui frôle la nullité avec ce soleil alors voilé. C'est la première fois que je dois rajouter une épaisseur à ma tenue de marche, je ne veux pas finir gelé en plein après-midi comme un idiot.

Paré pour l'aventure, j'emprunte donc le sentier des Glacières indiqué sur le bord de la route. La vue est déjà très sympathique, je domine et mon désormais traditionnel étang de Biguglia et la ville de Bastia. Bien que n'ayant plus le charme rustique des hameaux que j'ai déjà pu observer, je ne cesserai jamais de considérer cette ville comme mon village, de par ma naissance et les premières années de ma vie passée au quartier Saint Joseph. Pris isolément du reste, ce quartier historique avait alors tous les traits d'un village : des immeubles et maisons anciennes, tout le monde se connaissait, s'appelait par un diminutif ou un sobriquet, le 19 mars, jour du saint patron, était synonyme de grande fête dans le quartier avec la préparation des traditionnels panzarotti et fiadone qui vous régalent les papilles. Je n'y ai vécu que 5 ans même si j'ai fréquenté par la suite l'école puis le collège local, pourtant je peux vous affirmer aujourd'hui, avec ce que j'ai vu, que ce Saint Joseph d'antan est et restera toujours mon village. C'est pour çà que j'ai un œil attendri par cette vision de la grande agglomération bastiaise, même si certains n'y verrait qu'une verrue sur le paysage d'altitude offert.

A mesure que j'avance, je reconnais bien le type de sentier caractéristique des lignes de crêtes, avec sa végétation très rase qui laisse la roche souvent à nu, sa fausse platitude qui vous fait jouer aux montagnes russes sans vous en rendre compte, mais sa vision panoramique très dégagée qui, au lieu de vous aider dans l'orientation, a plutôt tendance à vous faire vous demander si vous êtes bien orientés en l'absence de repères facilement visibles à proximité. Je reconnais surtout l'absence de couverture face au vent froid qui me fouette assez vigoureusement et m'oblige à me presser plus encore qu'à mon habitude. La vision de flaques d'eau glacées me confirme bien que je ne dois pas traîner, d'autant que le soleil est encore timide malgré quelques percées encourageantes.

La marche est un peu monotone pour ce début, mais très vite des murets et abris de pierres se dévoilent, je pense alors ne pas être trop loin de la première glacière de Cardo. En effet, encore quelques mètre par le sentier et je commence à l'apercevoir au loin. Je vois d'ores et déjà que son toit est effondré par endroit j'espère cependant que le reste de la façade plutôt bien conservée n'est pas qu'un cache-misère pour un édifice délabré. Le suspens reste alors entier. Mais pas pour longtemps : je suis à ses pieds, m'en approche et constate que l'intérieur, bien qu'ouvert désormais par le haut, est bien conservé dans le sens où l'on y voit encore les fosses utilisées pour stocker la neige sous forme de glace, ainsi que les arches toujours suspendues qui soutenait son toit de pierre.

C'est déjà très beau et instructif vu qu'un panneau explicatif a été judicieusement placé à l'entrée de celle-ci pour que les promeneurs rentrent chez eux moins idiots, mais elle n'est pas mon but final. Je vais donc en direction de la seconde glacière de Cardo, en suivant le panneau en bon petit randonneur bien appliqué. C'est d'ailleurs un point très positif que le balisage ait été aussi bon jusqu'au bout, il n'y a rien de pire à mon sens que de devoir réfléchir un éternité pour tâcher de deviner la route à suivre en l'absence d'indications claires, surtout quand vous emprunter le mauvais accès si peu praticable alors que la route tranquille était à seulement quelques mètres de vous... Mais trêves de digressions, le deuxième glacière est là. Elle est intacte, mais de fait son intérieur sombre laisse seulement deviner une fosse unique. Son toit en pente douce se fondrait presque dans le paysage avec les végétaux qui y ont élu domicile, le camouflant subtilement au milieu de cette roche environnante.

Une nouvelle fois je ne m'éternise pas : j'ai validé mon premier objectif du jour, mais la pièce de résistance se fait toujours attendre après cette entrée en matière savoureuse qui vous aiguise l'appétit. La route à parcourir est encore longue mais droite pour un bon bout de temps, je n'aurais qu'à me méfier sur la fin pour emprunter cette bifurcation à gauche qui, pour toutes les sources que j'ai consultées, ne vous apparaît qu'une fois à sa hauteur. Mais je n'en suis pas là. Je suis à ce moment à flanc de colline et le sentier est très étroit.,Le soleil est dorénavant de la fête et me ferait presque regretter de m'être aussi couvert. Je préfère ne pas céder à la tentation de me dévêtir, je ne voudrais pas le regretter dans quelques minutes.

En changeant de colline, et par là même de versant de progression, je passe de cette rocaille aride à une végétation un peu plus haute et bien plus touffue et couvrante, signe que le sentier est descendant sur cette portion. Il fait doux, je ne peux m'empêcher de penser que si je m'étais conformé aux annonces météo, j'aurais encore perdu une occasion de découvrir un lieu enchanteur, si proche pourtant de la grande ville plus bas. Je me complais alors à penser que l'on devrait revenir à de choses simples, basées sur le bon sens et l'observation, plutôt que de se borner à vénérer des prétendues prouesses technologiques aux limites pourtant souvent vérifiées. J'ai souvent cette réflexion quand je marche, ce qui est d'autant plus étrange et hypocrite que je laisse toujours tourner mon GPS pour me servir de fil d'Ariane intangible si justement mon bon sens venait à me faire défaut. Tout n'est question que de savante répartition entre es deux extrêmes me direz-vous...

Je marche dorénavant à l’affût de l'embranchement à prendre pour admirer la Petra Ellerata, je sais que je n'en suis pas loin, mon esprit est sur le qui-vive et je crois l'apercevoir plus d'une fois avant de me rendre compte que ce n'est au mieux qu'une petite alcôve végétale... T'aurais-je loupé ? Non ! Te voilà enfin... Du moins je l'espère... Tu ressembles à la description, au pire rebrousserai-je chemin sans témoins de ma bévue... Mais dis-moi, tu n'est pas un peu étroit avec tes branches de bruyères qui empiètent sur mon passage ? Excuse-moi de te bousculer ainsi, mais je passe... Aucun respect... Tu t'élargis, c'est très aimable à toi. Pourrais-tu me dire si je suis loin de la Pierre ? Tu te tais ? Tu n'es qu'un chemin, c'est vrai. Pourtant tu as du en voir des clampins comme moi. Cette proximité de mon but me surexcite, sûrement à cause de la fatigue et de l'incertitude. Mais le doute est levé bientôt : devant moi commence à poindre un immense caillou, une montagne en fait, avec une couverture verte sur son bord le plus à pic. Je m'approche en me surprenant à courir comme si je venais de découvrir un trésor convoité.

Je suis en face de toi, majestueux écrin de roche qui protège et fixe le velours vert qui te vaut ton nom. J'avance alors lentement et par étapes vers toi, comme pour bien fixer ce que chaque partie m'offre avant d'envisager la suite. Tu es immense, aussi bien du point de vue du roc que du plan de lierre accroché. Pourtant ce qui se suspend à toi ne naît que d'une tige qui semblerait presque fluette malgré son diamètre, en voyant son engeance d'une prodigieuse densité. J'avais déjà vu des clichés de toi, pourtant te voir pour de bon et surtout à l'échelle de ton immensité ne peut que forcer mon respect. Pourtant je dois te quitter, contrairement à toi je n'ai pas encore l'habitude de résister à la rigueur du climat du mois janvier si haut perché. Sans être cuisante, la morsure du froid ne me mets pas dans les meilleurs dispositions quand mes muscles sollicités par l'effort sont mis au repos par ces pauses contemplatives.

Adieu donc, ou plutôt au revoir, je veux faire profiter de ta majestueuse simplicité tous ceux que je convaincrais de m'accompagner pour te rendre une nouvelle visite. Je ne peux te dire quand mais je te le promets.

Pour l'heure je dois rentrer, à bientôt...
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La liberté n'a pas de prix...


Trahi par les prévisions météo qui nous garantissaient un déluge apocalyptique mêlant orage et neige, me voilà pris par des obligations plus sages ce week-end. Après tout, profiter de ses amis et de sa famille n'est pas désagréable, mes promenades solitaires vampirisant avec le recul une part non négligeable de mon temps. Je devrais faire la part des choses cette année et mieux répartir mon temps, d'autant plus que j'ai réussi à convertir une partie de mes connaissances à ces balades pédestres.

C'est ici un mélange de mea culpa et d'amertume que je vous sers en guise d'introduction et de justificatif à l'absence de récit de randonnée cette semaine. Ne soyez pas trop déçus, sachant que j'ai un projet un peu fou : je souhaite mettre en forme les récits de toutes mes excursions en y adjoignant des explications sur les lieux visités (géographie, histoire...) et un peu de botanique dont je suis un amateur presque éclairé. Un peu fou car disais-je le monde de la publication m'est inconnu. Pourtant, avec les outils actuels, je suis intimement convaincu de pouvoir aboutir à un résultat probant.

Les fonctionnalités de LibreOffice Writer me semblent déjà bien suffisantes pour la mise en page de mes aventures, loin de Word que je ne saurais plus tolérer avec son format DOC(X) si peu exploitable, y compris entre versions du logiciel... Pour l'aspect graphique, mon bon vieux GIMP fera le reste, même si je ne pense pas rendre un roman photo, préférant me centrer sur le contenu textuel. Le travail à accomplir est encore important, mais je suis confiant et je me surprend même à avoir la prétention de servir un livre pas trop désagréable à mes futurs lecteurs.

Wait & see, fidèles lecteurs...
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Le village ruiné de Caracu près de Meria en janvier 2013



2013 s'annonce comme une année faste en terme d'exploration : les graines des randonnées dominicales étant semées, j'arrive à convaincre de plus en plus facilement mes amis de m'accompagner dans mes circuits. Deux compères se joignent à moi pour partir explorer le village en ruine de Caracu, situé dans la commune de Meria, elle-même aux porte de celle de Rogliano. Hier Cagnano, aujourd'hui Meria, le cap reprend de son intérêt à mes yeux semble-t-il... Il faut dire que les sentiers restants présentent chacun leur intérêt : anciens villages, tours, moulins, églises... tout un programme.

Nous partons en milieu de matinée, notre but étant de nous restaurer au village abandonné. Le trajet sur la route du cap est fidèle à lui-même, pas désagréable mais un peu monotone à la longue. Pourtant, à mesure que l'on approche de la pointe, on sent que l'animation reprend avec les communes et leurs marines respectives.

Arrivé à la marina de Meria, nous prenons la bifurcation vers le village et entamons l'ascension vers celui-ci. Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre quand à celui-ci : est-ce un village animé ? Au contraire est-il quiescent, comme figé par la saison hivernale ? Honnêtement nous ne le savions pas en nous y rendant. Mais tant pis, de toute manière le but premier de la visite n'est pas là. Non. Nous voulons visiter des ruines, voir à quel point ce village ancien de Caracu est bien conservé. L'un de mes deux compagnons de route m'avait accompagné lors de ma visite de décembre à la chapelle Saint André de Biguglia, et le couple de promeneur rencontrés alors nous avait brièvement parlé de ce hameau à l'abandon. Dans leur description, le village semblait quasi indemne, nous voulons en avoir le cœur net.

Le départ effectif de notre marche se fait au niveau du cimetière, qui, il faut l'avouer, dispose d'une vue superbe sur la mer en contrebas. Même si déambuler au milieu des tombes m'a toujours rebuté par respect pour les défunt qui y gisent, le contraste proposé par cette belle mer bleutée, cette végétation bien verte et fournie et la douceur de la saison me ferait presque réellement apprécier le lieu. De toute manière, l'incursion dans le lieu saint ne dure pas, nous nous enfonçons dans le maquis un peu plus bas.
De la verdure, des murailles de verdure luxuriante et humide, voilà ce qui nous entourait. L'humidité de ces jours-ci est loin d'être estompée, les plantes ont de perles de rosée sur le feuillage, et le mélange de mousse et d'herbe au sol semble cristallisé par cette eau. D'ailleurs, de nouveaux champignons se montrent : des bolets cette fois-ci. Plus toujours très frais, ils sont néanmoins de bonne taille et relativement nombreux çà et là. J'ai bien confirmation que l'absence de températures froides est généralisé, et ne se cantonne pas à la plaine côtière.

Nous rejoignons bientôt un chemin forestier tandis qu'à notre gauche le sentier de retour qui forme une petite boucle vers le village apparaît, mais nul besoin de s'y attarder, chaque chose en son temps comme dit l'adage. Ce sentier forestier, disais-je, est à flanc même de la montagne et nous porte une nouvelle fois au milieu des arbres hauts qui limitent notre visibilité quand à notre avenir proche. Autre signe de la chaleur : les lézards ressortent quand bien même ils devraient tranquillement hiberner. Mais là il se dorent paisiblement au soleil, même si on les sens plus patauds qu'en été, ou du moins beaucoup moins vifs.

Nous avançons toujours, rien de concret devant nous. Nous faisons une rapide halte inopinée quand soudain, comme surgis par magie, je fais remarquer à mes amis qu'une bâtisse se dresse à notre droite, couverte de végétation certes, mais est bien présente. Et à ce moment, nous nous rendons compte que nous nous sommes arrêté juste au début du village en ruines. Il est toujours étonnant pour moi de m'apercevoir à quel point quelques buissons et branchage peuvent vous occulter la vue au point que vous ne voyez les chose qu'une fois à leur pied. Caracu ne dérogera donc pas à cette règle.

Ce que je vais vous avouer n'est pas quelque chose de très valorisant ni de très malin, mais, outrepassant effrontément la recommandation de ne pas visiter les ruines, nous avons visité la majeur partie de ce qui était encore visitable dans le village. Au mépris de la plupart des règles élémentaires de sécurité, bien que nous ayons évalué à chaque fois la solidité des restes d'édifice ainsi que des sols foulés. Un poil plus timoré quand je ne suis pas seul en expédition, j'ai bien rappelé les vérifications basiques à mes camarades, tellement basiques que rétrospectivement j'aurais mieux fait de me taire et de les accompagner sans broncher au lieu de jacasser.

Mais trêve de mea culpa hypocrite : visiter des ruines aussi nombreuses et relativement bien conservées a été un véritable enchantement. Certes, on est loin de l'aspect figé dans le temps dont on se serait attendu avec les dires des gens de Saint André, mais imaginer la vie qui animait ces lieux dans le passé, passer sous les arches des escaliers, parfois passer par ce qui semble être plus proche de la lucarne que de la vraie porte, tout çà fait que le but initial de la visite a été atteint et même surpassé. Le lieu est envahit de ronces et autres arbres et arbustes qui ont colonisé l'intérieur des maisons, mais le témoignage de la présence humaine reste bien là, comme indélébile au milieu de ce nulle part végétal. Nous nous surprenons d'ailleurs à profiter l’espace de longues minutes de la vue à l'endroit le plus haut que nous avons pu trouver dans le hameau. Rêverie contemplative ? Oui.

Mais le temps est venu de rebrousser chemin. En baroudeurs improvisés nous nous frayons un raccourcis au milieu des ruines pour rejoindre le sentier qui nous avait mené jusque là peu de temps auparavant. Il est temps de partir. Je me répète mais il ne sert à rien de vouloir surexploiter les choses. Gardons une petite part de mystère pour les lieux que nous n'avons pas bien explorés, qui sait, peut-être cela nous motivera-t-il à y retourner un jour pour terminer la prospection ou transmettre à d'autres nos découvertes ?

Nous prenons donc le deuxième sentier que nous avions laissé derrière nous à l'aller. Le début de celui-ci est vraiment casse-gueule avec les pierres rendues glissantes par l'humidité, mais il nous permet de finir notre périple du jour par une portion de forêt qui rejoint lentement le village de Meria laissé plus haut.

Je suis content de perpétuer l'histoire de ce petit hameau désormais hors du temps. Je ne prétends pas me poser en réel historien à travers mes récits, mais au moins ai-je le mérite de perpétuer l'aura de ces lieux pourtant laissés à l'abandon par les affres de l'histoire humaine. Je suis le premier à toujours regarder de l'avant dans mes choix, mais je ne renie pas pour autant le passé, vu que c'est sur ce dernier que le futur repose.
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Les promenades du rêveur solitaire - Les moulins de Mitile à Cagnano en janvier 2013



Première excursion de 2013, une nouvelle année d'exploration s'annonce. Pourtant, suite à des changements de programme, c'est à la va-vite que je me résous à suivre le sentier des moulins de Mitile, principalement car c'est un circuit très court malgré l'éloignement. Je n'ai en effet pas le temps de faire un circuit trop long si je ne veux pas finir ma route de nuit, et je n'ai plus de sentiers proches à explorer sous le coude.
Finalement, je me dis que ce n'est pas une si mauvaise idée de retourner relativement loin dans le cap, vu qu'après tout depuis Rogliano je m'étais cantonné à des lieux relativement proches. Le temps et les températures sont au beau fixe, cela fini de me convaincre.

Une chose m'intrigue concernant mon parcours : sa forme biscornue (au sens littéral). Je conçois aisément la boucle, je comprends l'aller-retour sur une ligne, et même les mélanges des deux, mais avoir l'impression de refaire plusieurs fois la même trotte en allant et revenant sur ces pas ne m'inspire guère... Tant pis, nous verrons bien.

Je sais que je vais traverser deux hameaux, Ortale et Piazze, avant de m'enfoncer en forêt, connaissant mon amour pour le fait de donner l’impression de rôder autour des habitations, je me hâte quant à ce passage qui n'a d'ailleurs d'intéressant que l'architecture des maisons de village croisées. J'atteins promptement un chemin descendant en escaliers de vieilles pierres jonchant le sol, la végétation reprend peu à peu ses droits, je sais que je suis bientôt libéré du carcan de la civilisation apparente. Pourtant la tâche s'avère un peu plus périlleuse que prévue : le sol est très humide, les pierres glissent, et je n'ai plus de bâton de marche pour m'épauler. Ce que je prenais pour une lubie d'enfant sur le retour s'avère être une réelle nécessité : un troisième appui me serai bien utile pour éviter la honte de se retrouver, au mieux sur le séant, au pire avec un membre cassé.

A croire que Dame Nature écoute le souhait de celui qui la découvre : je trouve çà et là des tas de branches fraîchement coupées pour ce qui semblent être des élagages d'arbres tombés ou en passe de l'être. Je chine alors, espérant trouver mon bonheur : un bâton à la fois droit, dur et de taille adaptée. Sitôt pensé, sitôt trouvé : il a la forme d'une canne de marche avec son sommet légèrement recourbé, il semble bien résister malgré la pliure et être rigide bien que le bois soit encore très frais. Il m'aidera à terminer la promenade, s'il tiens le coup, il viendra avec moi.
Dorénavant équipé pour me prémunir des chutes, je m'enfonce dans la forêt où mon sentier s'enfonce doucement. Le bruit d'un cours d'eau se fait entendre de plus en plus à mesure que je poursuis ma route. Les murs de pierre sont omniprésents, signes d'une forte activité humaine dans le passé. Je longe désormais le ruisseau qui s'avère avoir un bon débit en apparence. D'ailleurs çà semble logique vu que je suis sensé trouver des moulins au détours du sentier. Sans eau, point de force motrice pour les meules.

Un petit pont génois apparaît soudain entre les arbres non loin devant moi. Il enjambe la rivière et se fond complètement dans le chemin vu de dessus. Seul son profil trahit la patte de l'Homme sur la nature. Peu avant lui se montre enfin le premier moulin, d'ailleurs le plus imposant et intéressant à observer : imaginez un jeu de construction où, à flanc de falaise près d'un bras du cours d'eau principal, chacun aurait rajouté sa propre pièce à l'édifice. Imaginez-le avec des murs et toit quasi absents, le tout verdit par la mousse et vous serez proche de ce que j'ai observé alors.

Une fois traversé le pont, l'aller-retour jusqu'au bout des deux cornes du chemin va commencer. Au moins n'aurais-je pas de doute quant à l'itinéraire, vu que celui-ci est encore une fois bordé de murs de pierre. Je vais donc remonter le cours d'eau que j'avais descendu juste avant, première période de doute quand à ce que je vais y trouver d'intéressant. Pas grand chose en fait, deux ruines terminent cette partie avec un tronçon de route départementale en guise de marque de fin, et je ne suis d'ailleurs même pas sur que çà ait été des moulins. Mais passons, il me reste une branche du circuit à explorer. Chemin rebroussé, je tombe en effet sur de nombreuses ruines de moulins de bonne taille. Toutes ont en commun d'avoir subi de plein fouet les outrages du temps, mais en ayant conservé ce qui fait l'essence même de leur apparence. Rien qu'en les voyants, ont imagine relativement aisément ce à quoi ils devaient ressembler au temps de leur exploitation.

Je note un petit détail : les champignons sont de retour. Pendant les mois de novembre-décembre, je n'en avais plus croisé pendant mes excursions, mais là il m'arrive d'en voir quelques touffes. Rien que je n'identifie aisément hélas, mes connaissances en mycologie étant bien moindre que mes connaissances botaniques. En tout cas, ils signent bien la douceur du climat dont on bénéficie cet hiver, un froid trop intense les auraient sûrement tués.

Cette deuxième portion achevée, ne me reste qu'à remonter doucement vers mon point de départ au hameau d'Ortale. Je n'en avait pas l'impression, mais le dénivelé est quand même bien présent à défaut d'être brutal. Voir l'église du-dit hameau si haute sur la montagne en face m'en fait prendre conscience. Qu'à cela ne tienne, j'ai avec moi un efficace petit bâton qui aide mon ascension à la force de mes bras. Il a fort bien rempli son office, il m’accompagnera encore une fois que je l'aurais mis a nu, laissé séché et mis en valeur comme il se doit.

Moi qui pensais juste faire une petite balade sans prétention pour tuer le temps, me voilà ravi de la route explorée et de ce que j'y ai trouvé, tant au niveau des curiosités à y observer que de l'utilité qu'elle a eu pour moi pour m'équiper.
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... et bonne année


Traditionnels voeux de bonne année pour 2013 après les excès de la veille pour certains (pas moi vu l'heure du message...).
Je vous souhaite à tous amour, gloire et beauté... euh non, çà c'est déjà pris. Pleins de bonne chose pour l'année qui s'annonce.

Une petite "surprise" annoncée pour Noël : tous les récits de mes promenades sont mis à jour. Le contenu est plus personnel, sachant que les circuits se trouvent très facilement sur la toile.

Bonne lecture.
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