Le village ruiné de Caracu près de Meria en janvier 2013



2013 s'annonce comme une année faste en terme d'exploration : les graines des randonnées dominicales étant semées, j'arrive à convaincre de plus en plus facilement mes amis de m'accompagner dans mes circuits. Deux compères se joignent à moi pour partir explorer le village en ruine de Caracu, situé dans la commune de Meria, elle-même aux porte de celle de Rogliano. Hier Cagnano, aujourd'hui Meria, le cap reprend de son intérêt à mes yeux semble-t-il... Il faut dire que les sentiers restants présentent chacun leur intérêt : anciens villages, tours, moulins, églises... tout un programme.

Nous partons en milieu de matinée, notre but étant de nous restaurer au village abandonné. Le trajet sur la route du cap est fidèle à lui-même, pas désagréable mais un peu monotone à la longue. Pourtant, à mesure que l'on approche de la pointe, on sent que l'animation reprend avec les communes et leurs marines respectives.

Arrivé à la marina de Meria, nous prenons la bifurcation vers le village et entamons l'ascension vers celui-ci. Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre quand à celui-ci : est-ce un village animé ? Au contraire est-il quiescent, comme figé par la saison hivernale ? Honnêtement nous ne le savions pas en nous y rendant. Mais tant pis, de toute manière le but premier de la visite n'est pas là. Non. Nous voulons visiter des ruines, voir à quel point ce village ancien de Caracu est bien conservé. L'un de mes deux compagnons de route m'avait accompagné lors de ma visite de décembre à la chapelle Saint André de Biguglia, et le couple de promeneur rencontrés alors nous avait brièvement parlé de ce hameau à l'abandon. Dans leur description, le village semblait quasi indemne, nous voulons en avoir le cœur net.

Le départ effectif de notre marche se fait au niveau du cimetière, qui, il faut l'avouer, dispose d'une vue superbe sur la mer en contrebas. Même si déambuler au milieu des tombes m'a toujours rebuté par respect pour les défunt qui y gisent, le contraste proposé par cette belle mer bleutée, cette végétation bien verte et fournie et la douceur de la saison me ferait presque réellement apprécier le lieu. De toute manière, l'incursion dans le lieu saint ne dure pas, nous nous enfonçons dans le maquis un peu plus bas.
De la verdure, des murailles de verdure luxuriante et humide, voilà ce qui nous entourait. L'humidité de ces jours-ci est loin d'être estompée, les plantes ont de perles de rosée sur le feuillage, et le mélange de mousse et d'herbe au sol semble cristallisé par cette eau. D'ailleurs, de nouveaux champignons se montrent : des bolets cette fois-ci. Plus toujours très frais, ils sont néanmoins de bonne taille et relativement nombreux çà et là. J'ai bien confirmation que l'absence de températures froides est généralisé, et ne se cantonne pas à la plaine côtière.

Nous rejoignons bientôt un chemin forestier tandis qu'à notre gauche le sentier de retour qui forme une petite boucle vers le village apparaît, mais nul besoin de s'y attarder, chaque chose en son temps comme dit l'adage. Ce sentier forestier, disais-je, est à flanc même de la montagne et nous porte une nouvelle fois au milieu des arbres hauts qui limitent notre visibilité quand à notre avenir proche. Autre signe de la chaleur : les lézards ressortent quand bien même ils devraient tranquillement hiberner. Mais là il se dorent paisiblement au soleil, même si on les sens plus patauds qu'en été, ou du moins beaucoup moins vifs.

Nous avançons toujours, rien de concret devant nous. Nous faisons une rapide halte inopinée quand soudain, comme surgis par magie, je fais remarquer à mes amis qu'une bâtisse se dresse à notre droite, couverte de végétation certes, mais est bien présente. Et à ce moment, nous nous rendons compte que nous nous sommes arrêté juste au début du village en ruines. Il est toujours étonnant pour moi de m'apercevoir à quel point quelques buissons et branchage peuvent vous occulter la vue au point que vous ne voyez les chose qu'une fois à leur pied. Caracu ne dérogera donc pas à cette règle.

Ce que je vais vous avouer n'est pas quelque chose de très valorisant ni de très malin, mais, outrepassant effrontément la recommandation de ne pas visiter les ruines, nous avons visité la majeur partie de ce qui était encore visitable dans le village. Au mépris de la plupart des règles élémentaires de sécurité, bien que nous ayons évalué à chaque fois la solidité des restes d'édifice ainsi que des sols foulés. Un poil plus timoré quand je ne suis pas seul en expédition, j'ai bien rappelé les vérifications basiques à mes camarades, tellement basiques que rétrospectivement j'aurais mieux fait de me taire et de les accompagner sans broncher au lieu de jacasser.

Mais trêve de mea culpa hypocrite : visiter des ruines aussi nombreuses et relativement bien conservées a été un véritable enchantement. Certes, on est loin de l'aspect figé dans le temps dont on se serait attendu avec les dires des gens de Saint André, mais imaginer la vie qui animait ces lieux dans le passé, passer sous les arches des escaliers, parfois passer par ce qui semble être plus proche de la lucarne que de la vraie porte, tout çà fait que le but initial de la visite a été atteint et même surpassé. Le lieu est envahit de ronces et autres arbres et arbustes qui ont colonisé l'intérieur des maisons, mais le témoignage de la présence humaine reste bien là, comme indélébile au milieu de ce nulle part végétal. Nous nous surprenons d'ailleurs à profiter l’espace de longues minutes de la vue à l'endroit le plus haut que nous avons pu trouver dans le hameau. Rêverie contemplative ? Oui.

Mais le temps est venu de rebrousser chemin. En baroudeurs improvisés nous nous frayons un raccourcis au milieu des ruines pour rejoindre le sentier qui nous avait mené jusque là peu de temps auparavant. Il est temps de partir. Je me répète mais il ne sert à rien de vouloir surexploiter les choses. Gardons une petite part de mystère pour les lieux que nous n'avons pas bien explorés, qui sait, peut-être cela nous motivera-t-il à y retourner un jour pour terminer la prospection ou transmettre à d'autres nos découvertes ?

Nous prenons donc le deuxième sentier que nous avions laissé derrière nous à l'aller. Le début de celui-ci est vraiment casse-gueule avec les pierres rendues glissantes par l'humidité, mais il nous permet de finir notre périple du jour par une portion de forêt qui rejoint lentement le village de Meria laissé plus haut.

Je suis content de perpétuer l'histoire de ce petit hameau désormais hors du temps. Je ne prétends pas me poser en réel historien à travers mes récits, mais au moins ai-je le mérite de perpétuer l'aura de ces lieux pourtant laissés à l'abandon par les affres de l'histoire humaine. Je suis le premier à toujours regarder de l'avant dans mes choix, mais je ne renie pas pour autant le passé, vu que c'est sur ce dernier que le futur repose.

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