Les promenades du rêveur solitaire : La chapelle Sainte Marie de Furiani en octobre 2012



Le temps n'est ni au beau fixe ni à la pluie, mon envie aussi d'ailleurs. Serais-je déjà las après un seul mois de promenades ? Non je ne crois pas. Simplement je tempère mes ardeurs qui m'ont poussé jusque là à partir pour des trajets parfois plus longs en voiture qu'à pied. Et puis j'ai envie de rendre mes sorties plus utiles dans un certain sens, mieux noter ce que je peux observer dans cette nature qui s'offre brute à moi, au détours de ces sentiers semi sauvages. J'ai réveillé mes connaissances botaniques et mycologiques, mais les lacunes dues à quelques années déjà de nonchalance intellectuelle à ce sujet sont déjà là. Il faut que je me remette dans le bain, que je retrouve mes fondamentaux pour paraphraser nos amis sportifs interviewés qui servent des platitudes sur fond de joli langage mal maîtrisé. Mais laissons de côté ces digressions et revenons-en au but initial du récit : pourquoi visiter Furiani, la commune où j'ai pourtant passé plus de vingt ans de ma vie ?

Deux raisons : une bassement terre à terre et l'autre plus psychanalytique par certains aspects. Primo, c'est le ratio distance-intérêt du circuit. Dix minutes de trajet de chez moi au sommet du village où le départ se fera, moins de deux heures de marche et pas de difficultés particulières, donc du pain béni. De plus j'y croiserai certainement les mêmes essences, mais avec le temps légèrement pluvieux qui a précédé, j'ai espoir de trouver de nouveaux champignons. Secundo, j'ai déjà eu l'occasion il y a près de quinze ans de faire ce circuit avec ma famille. De celui-ci ne me reste que des bribes de souvenirs, mais j'ai envie de renouer avec ce passé que j'ai vécu, et pourtant déjà si lointain.

C'est donc décidé, je pars pour Sainte Marie. Les images du village de Furiani où je n'étais plus retourné depuis me reviennent peu à peu comme ces flashes que l'on vous montre à la télévision et qui sont justement sensés figurer la résurgence de souvenirs plus ou moins enfouis. Je ressens cette sensation presque étrange de déjà vu mais sans être capable d'affirmer si c'est bien le cas où si mon cerveau me fait un amalgame des images de mes précédentes balades vu que je les accumule en un laps de temps court depuis que je m'y suis mis.

Le sentier n'est pas franchement intéressant, carrossable au moins par des motos si l'on s'en réfère aux traces de pneus au sol, les bas côtés ne présentent souvent qu'un gazon plus ou moins dru et touffu, alors que le maquis dense et impénétrable vous cerne. Heureusement la vue sur la plaine et l'étang rattrape un peu cela, même si le temps reste nuageux vers le littoral. J'atteins bientôt la petite zone boisée du parcours. Le sentier devient plus rocailleux et de fait les traces de véhicules disparaissent, ce qui redonne son caractère authentique à cette petite piste ancestrale. Un petit ruisseau juste en bas chante sa douce sérénade aquatique qui a le don de vous apaiser un esprit fatigué et endurci par les tracas quotidiens. Quelques espèces de champignons pointent déjà dans l'herbe rase des bords de route : une amanite panthère décolorée par la pluie, des russules tout aussi blanchies, et plus étonnant : un clathre rouge qui tranchait nettement niveau couleur avec le gazon sur lequel il avait poussé. N'en ayant jamais observé réellement, je dois avouer avoir ressenti une certaine satisfaction en voyant cette grille rubiconde, apparence improbable pour un champignon.

La forêt s'éloigne et la chapelle apparaît déjà au loin. Le sentier est certes tortueux à ce moment et décrit apparemment une grande boucle mais je sais que le périple touche à son but. J'en profite pour ramasser une coulemelle énorme. Ce n'est pas un comestible hors-pairs, mais au moins a-t-il le mérite de ne laisser planer aucun doute quant à son identité de par son aspect général et un seul d'entre eux vous suffit pour une bonne petite omelette pour célibataire. En le ramassant je tombe sur de petites colchique qui m'indique bien que nous sommes en automne malgré le temps clément qui tend pour une fois à s'éclaircir alors même que je suis en extérieur. Même la météo m'accepte dorénavant, je m'en sentirais presque flatté...

Peu avant d'atteindre le muret d'enceinte de la chapelle je croise également deux chevaux qui broutent l'herbe rase. Les vaches sont monnaie courante, les cochons aussi selon les régions. Mais les équidés de toute sorte, y compris nos bon vieux ânes le sont moins.

Il fait beau maintenant, mais le portail de l'enceinte de la chapelle est clos. Dommage d'avoir fait le chemin pour s'arrêter si près du but... ou pas. Le mur est en fait un muret de pierre pas franchement haut. Je n'aime pas violer les lieux clos, particulièrement s'ils ont un caractère sacré, mais j'ai envie de m'approcher de la petite église que convoite. Un petit bon et c'est fait je peux assouvir mon envie. Je le confesse, la chapelle en elle-même n'est pas extraordinaire, mais je ne suis pas du genre à m'arrêter à ce genre de détails esthétiques futiles. Un peu comme pour Saint Jean de Mandriale, c'est la symbolique du lieu de culte passé et encore lieu de pèlerinage qui compte. La dévotion humaine qui a entouré ces petites bâtisses isolées me semble tellement incompréhensible à moi, le déclaré athée cartésien pragmatique, que cette seule idée de temps consacré à la cause religieuse me donne envie de consacrer à mon tour du temps pour tenter de la comprendre. La démarche peut sembler paradoxale, mais je reste un empirique : si je ne teste pas les choses, je ne peux décemment pas prétendre les critiquer. Le corollaire est que de par la connaissance des choses acquise de cette façon, je suis bien souvent plus tolérant envers elles et tâche d'en devenir un défenseur à mon tour.

Une fois mon petit tour effectué, je note que le sentier emprunté continue encore un peu à côté du lieu saint. J'ai du temps à tuer vu qu'il fait dorénavant très beau et que l'ascension a été relativement brève. Un petit jardin d'Eden semble s'offrir à moi : de toutes part des arbousiers et leurs délicieux fruits me soumette à la tentation à laquelle je ne saurais résister de trop, des plants de nepita (la fausse marjolaine) et leur odeur qui réveille mon enfance poussent à flanc de talus, si bien que j'en déracine un entier de son sol meuble et décide de le rapporter à mes parents pour qu'ils puissent le faire pousser. Une réflexion me traverse l'esprit : le maquis, même à l'heure actuelle, nous offre de quoi subsister pour peu qu'on le connaisse un peu et qu'on sache rester raisonnable sur ce que l'on y prélève. Je me rappelle l'objet même de ma thèse : démontrer que le savoir ancestral de l'île concernant les usages médicinaux possible de la flore locale se devait d'être perpétué. Et d'ailleurs, j'avais même appris au cours de mes recherches que notre chère flore présentait de véritables spécificités qui en font un gisement de ressources végétales convoité mondialement. Je pense surtout à la renouée maritime, « l'erba sciappa-petra » que les touristes avaient pour habitude de piller éhontément, et qui depuis a été classée comme espèce protégée, ou à l'immortelle, dont l'huile essentielle précieuse connaît un regain d'intérêt pour ses propriétés intrinsèques, tant sur le plan médical que cosmétique.

M'apercevant que le chemin descend encore, peut-être même jusqu'à la plaine, je rebrousse chemin et regagne tranquillement le village de Furiani, alors que je croise déjà d'autres promeneurs et coureurs. J'ai cette idée qui me germe alors dans la tête de voir si je ne pourrais pas joindre l'utile à l'agréable en reprenant mes travaux et en tâchant de les réactualiser en fonction cette fois-ci non plus de témoignages recueillis, mais de mes propres observations.

0 commentaires :

Enregistrer un commentaire