Les promenades du rêveur solitaire - De Mandriale à la chapelle Saint Jean en octobre 2012



Le début des choses sérieuses. En terme de dénivelé en tout cas. Avant d'entamer ce circuit, je dois dire que je n'avais pas vraiment idée de la pente que je devrais gravir pour atteindre cette petite chapelle qui marque un nouvel accès au monte Stellu ainsi qu'au reste des sentiers du cap. Je me considère comme en assez bonne condition physique, mais mes jambes ont été mises à rude épreuve par cette ascension, ou du moins m'a-t-elle échauffé les cuisses comme il se doit.

Le parcours est bien indiqué, si bien que je ne visite même pas le hameau de Mandriale pour me focaliser sur le but, soit, j'y reviendrais plus tard de toute manière vu que je n'ai pas oublié mon envie de gravir le Stellu tôt ou tard... Le sentier ascendant donne d'emblée le ton de la marche qui m'attend, à flanc de montagne, plutôt étroit et rocailleux mais unique, ce qui est utile pour qui ne veut pas finir à errer sur les sommets environnants.

A mesure que je monte et me repais du panorama sublime du village de Mandriale avec le clocher de l'église Sainte Marie qui rapetisse de plus en plus avec la Méditerranée qui apparaît enchâssée entre les montagnes au fond, et tout autour ces hautes collines qui semblent si douces, et pourtant déjà très hautes. Ces rochers abrupts me surplombant, et la forêt qui lentement s'installe en lieu et place de la végétation rase de la sortie du hameau... Le corps est mis à rude épreuve mais l'esprit est récompensé une nouvelle fois. Je m’aperçois bientôt que la rocaille naturelle a laissé place à d'anciennes marches d'énormes pierres sous mes pas, signe de la proximité du lieu de culte là-haut où je compte me rendre.
Je suis toujours l'inexorable sentier mais je remarque tantôt qu'un banc de brume fait de même sur les montagnes en face. Serait-je encore une fois victime des caprices du temps ? Le soleil est toujours si radieux en bas, je le vois, pourquoi en serait-il autrement à une distance si courte à vol d'oiseau ? Il n'y a qu'un chemin de toute manière, donc je grimpe encore malgré cette ombre qui plane non loin.
La forêt cède sa place à une pente toute de roche dénudée, tout juste vêtue de quelques touffes d'herbes rases pour l'agrémenter. Je sais que je dois encore grimper, mais l'absence de sentier net et la présence de la nuée non loin me font douter du bien fondé de ma démarche : que feras-tu si tu te laisse prendre dans un vrai banc de brouillard si le sommet est similaire à ce paysage désolé ? J'aperçois alors heureusement des cairns dressés par mes prédécesseurs pour pallier à ce genre de déconvenue, et d'ailleurs, le flanc de la montagne à ma gauche constitue le dernier repère fixe qui me convainc de poursuivre.

Je grimpe encore, un peu las je dois dire, mais les efforts paient : la chapelle se dessine comme une vision miraculeuse au sommet dans un trou de ciel bleu au milieu de ce nuage bas qui m'étreint alors de toute part avec son humidité qui vous glacerait presque les os malgré la saison douce. Je la rallie et s'offre à moi une vision d'un havre de paix hors des tourments du monde d'en-bas et qui contraste étonnement avec les paysages rocailleux alentours. La petite bâtisse de pierre est entourée complètement d'un tapis dense d'herbe rase et bien verte, si bien qu'on le croirait faux. De petits bancs de bois sont disposés çà et la autour, un refuge lui a été adjoint à l'arrière, avec les signes d'un foyer de barbecue actif récemment. Les randonneurs ont du être nombreux pendant la saison estivale à passer par là, d'autant plus qu'une fontaine a été aménagée dans un rocher juste à côté. Un panneau de bois indique l’altitude et la direction du monte Stellu et du Cimone, apparemment équidistants. Un petit sourire en coin pointe sur mon visage quand je vois que je me rapproche lentement mais sûrement de la montagne que je convoite.

Mais la brume a décidé de ne pas me laisser tranquille : peu à peu des vagues de brouillard bas et dense font jouer le paysage alentours à cache-cache. Le chemin n'est pas compliqué finalement mais il n'est pas rassurant de perdre la vision globale que l'on a sur son trajet par intermittence. Le temps presse alors, je veux rejoindre le sentier forestier où je sais que je serais moins à même de m'égarer et certainement plus protégé de l'humidité environnante.

Je presse d'abord le pas puis me rend compte que la nuée est seulement présente en hauteur, comme pour m'interdire l'accès à un endroit que je n'ai pas encore mérité de visiter. Soit. Mandriale m'apparaît peu à peu baigné de lumière, je peux ralentir un peu la marche et jouir pleinement de la flore présente. J'ai toujours aimé ces murs végétaux couverts de mousses, fougères et autres plantes affectionnant les anfractuosités. La richesse de leurs associations de formes et couleur toutes brute d'un quelconque arrangement humain est fascinante et constitue pour moi la preuve de la capacité infinie de la nature à s'adapter en toute situation.

La forêt s'efface, laissant place au sentier rocailleux avec la grande bâtisse tout au bout du hameau qui indique que l'on est arrivé. Mes cuisses brûlent un peu, le dénivelé m'a décidément bien surpris sans pour autant être rédhibitoire. Je rentre chez moi, je sais que je m'approche de mon but concernant ma quête de hauteurs...

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